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Dimanche 19 novembre 2017
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EDUCATION NATIONALE -

EDUCATION NATIONALE


Le redoublement est-il utile ?



Par metamag
mis en ligne le


La France reste la championne du redoublement en Europe. Selon la dernière enquête de l'OCDE, 38 % des élèves de 15 ans ont déjà repiqué au moins une fois. Contrairement à nos voisins, chez qui le passage est automatique et le niveau scolaire... globalement supérieur. Faut-il  donc abolir ce dispositif hérité de Jules Ferry ou le conserver comme bouée de sauvetage ?
Redoubler permet de reprendre son souffle. Une année en plus lui permet alors de mûrir son jugement et ses capacités de réflexion. Pour Carole Wiart, conseillère  scolaire à l'Ecole des Parents, cette année en plus, décidée par l'élève, lui permet de consolider ses acquis. 
Les arguments contraires existent aussi. Ce serait une mesure globalement inefficace, démotivante  et même dangereuse psychologiquement. Ce  système est souvent injuste et  on ferait mieux de faire du soutien scolaire.
Le nombre de redoublements a considérablement baissé depuis plusieurs années. Mais cela reste néanmoins une pratique courante en France, et la moitié des élèves terminent leur scolarité obligatoire avec un an de retard.
Le redoublement est-il donc utile ? JP.


Redoublement : des arguments probants


You Scribe

Il est fréquent que les enseignants se plaignent de ce que l’administration essaie de limiter les redoublements, ce qu’ils interprètent comme un bradage de l’enseignement.
Un sondage récent en témoigne : 62 % des jeunes enseignants du primaire perçoivent négativement le fait que les redoublements y soient limités par les textes administratifs.

Les responsables du système éducatif préconisent la baisse des redoublements. Cependant, il faut noter que c’est la seule forme de remédiation que le système paye à guichet ouvert, et que le coût du redoublement se chiffre en milliards d’euros.

Les arguments pour le redoublement sont les suivants :

- les élèves seront incapables de suivre dans la classe supérieure, par manque de connaissances. Cet argument est en quelque sorte le plus ancien : Dans les collèges tels qu’ils se développent en Europe à partir du XVeme siècle, les élèves entrent à des âges très divers. Ils ne sont donc pas regroupés selon leur âge, mais selon leur niveau scolaire, et, par une extension de ce principe, ils ne passent dans le niveau supérieur que quand ils possèdent les compétences jugées requises pour cela. D’où le redoublement.
 
- les élèves n’ont pas la maturité suffisante pour réussir dans la classe suivante. Crahay (2003) note, à partir de recherches en Suisse et en Belgique, que les instituteurs utilisent un vocabulaire plus volontiers psychologique que pédagogique pour justifier les redoublements.

- C’est une épée de Damoclès pour les élèves, une façon de leur faire comprendre qu’ils doivent travailler

- Une autre version de cet argument est que la menace du redoublement fait que les élèves ont intérêt à travailler pour rester l’année suivante avec leurs copains.

- C’est une façon d’éviter d’avoir des classes trop hétérogènes.

Source : You scribe

Nous vous invitons à consulter le dossier de You Scribe dont nous avons extrait une courte partie.



Le redoublement n’améliore pas la performance des élèves


L'Education déchiffrée

Les élèves qui redoublent sont ainsi bien souvent ceux dont les parents sont issus de milieux défavorisés et les rythmes scolaires trop condensés ne permettent pas vraiment de faire face à la difficulté scolaire. À cela s’ajoute que le redoublement est considéré en France, mais aussi dans un certain nombre de pays européens, comme la pratique la plus à même de remédier aux problèmes scolaires.

La  France : championne des pays de l’OCDE pour le redoublement

La France est connue pour ses taux élevés de redoublement, mais comment se situe-t-elle par rapport à ses voisins ? La statistique que je vous présente dans cet article est extraite de l’enquête PISA 2009 (pour plus de précisions, consulter le Volume IV du rapport, Chapitre 3). Dans cette enquête, il était demandé aux élèves de 15 ans d’indiquer s’ils avaient déjà redoublé au primaire, au collège ou au lycée. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 13 % des élèves de 15 ans ont répondu qu’ils avaient déjà redoublé au moins une fois. En France, plus d’un élève sur trois affirmait être dans ce cas (38 % pour être exact).

Il s’agit d’un record absolu sans compter que ce chiffre serait encore bien plus élevé si on mesurait les taux de redoublement à 18 ans (c’est-à-dire en couvrant l’ensemble du lycée).La décomposition par niveau d’enseignement se fait comme suit : 17.8 % des élèves de 15 ans ont redoublé au moins une fois une classe du primaire en France (contre 7 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE), tandis que 23.5 % des élèves interrogés ont connu la même mésaventure au collège (contre 6 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE). On obtient un total supérieur à 38 % car certains élèves de 15 ans ont pu redoubler à la fois au primaire et au collège.

 Graphique : Pourcentage d’élèves de 15 ans ayant redoublé au moins une fois durant leur scolarité

Ces chiffres sont alarmants et pourtant, des progrès ont été réalisés. Dans les années 60, près de la moitié des élèves étaient en retard dès le CM2. Dans les années 90, cette proportion était descendue à 25 % (voir la note de 2004 du Haut conseil de l’Évaluation de l’École), pour s’établir, comme on l’a vu, à « seulement » 18 % en 2009.

Des écarts significatifs existent entre les pays en matière de redoublement. À titre de comparaison, il est inexistant en Corée, au Japon et en Norvège, et inférieur à 5 % dans 8 autres pays de l’OCDE. À l’inverse, à l’instar des élèves français, plus de 25 % des élèves de 15 ans en Belgique, en Espagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas et au Portugal indiquent avoir déjà redoublé au moins une fois.

Le redoublement : un mal pour un bien ?

Disons-le tout de suite, il existe une forme de consensus – fait assez rare dans le domaine de l’éducation pour qu’on le souligne – pour suggérer que, de manière générale, le redoublement n’améliore pas les résultats d’éducation. De ce principe de base découlent différents arguments pour justifier sa suppression ou, tout du moins, sa diminution :

• Les pays à forts taux de redoublement affichent de moins bonnes performances. Au niveau international, un taux élevé de redoublement est généralement synonyme de piètres résultats globaux (voir PISA à la loupe, numéro 6 ). Les statistiques nationales confirment ces résultats et montrent des écarts significatifs de performance en faveur des enfants qui n’ont jamais redoublé, par comparaison avec les autres. Par ailleurs, dans les pays présentant un taux élevé de redoublement, les écarts de performance imputables au milieu socio-économique tendent à être plus marqués, suggérant que les élèves issus d’un milieu socio-économique défavorisé sont davantage affectés par le redoublement.

• La pratique du redoublement est un facteur de démotivation. En France, les élèves qui redoublent en sont souvent informés bien avant la fin de l’année scolaire. Leur motivation s’en voit alors diminuée et leur retard ne fait que s’accumuler, le soutien scolaire étant peu développé au sein des établissements. Pour certains d’entre eux, ils feront face aux mêmes difficultés l’année suivante, mais un peu plus tard dans l’année scolaire. En outre, cette perte de motivation peut se traduire par des problèmes de discipline. En France, 56 % des élèves de 15 ans évalués dans l’enquête PISA indiquent ainsi « qu’il y a peu de cours, voire aucun, où le bruit et l’agitation n’affectent pas l’enseignement » (contre 68 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE).

• Le redoublement est injuste. Dans la majorité des pays, le redoublement fait généralement suite à une évaluation (formelle ou non) des élèves par les enseignants ou l’établissement à la fin de l’année scolaire. Cependant, les critères utilisés pour décider d’un redoublement ne sont pas normalisés et diffèrent non seulement entre les régions, villes et établissements scolaires, mais aussi parfois entre les classes d’un même établissement. Ce manque d’harmonisation crée une injustice dans le processus de décision de redoublement.

• Le redoublement a un coût économique non négligeable. Le redoublement est une pratique coûteuse dont l’efficacité est contestée. Il a un coût économique : les élèves restent non seulement scolarisés plus longtemps que prévu dans le système d’éducation, mais leur entrée sur le marché du travail s’en trouve également retardée. En 2009, le coût du redoublement a ainsi été chiffré à 2 milliards d’euros par an par le ministère de l’Éducation, une somme conséquente, surtout en période de crise économique. À titre indicatif, une année d’étude supplémentaire représente pour le système d’éducation un coût d’environ 5 500 euros par élève du primaire et 8 000 euros par collégien.

Quelles alternatives au redoublement ?

La diminution ou la suppression du redoublement, même si c’est une mesure nécessaire, ne permettra pas de résoudre tous les problèmes du système d’éducation français si d’autres initiatives ne sont pas mises en place pour lutter contre l’échec scolaire. 

À ce propos, quelques pistes :

• La Finlande et les Pays-Bas figurent tous deux dans le haut du classement de performance. Ces deux pays essaient de limiter le redoublement : en Finlande, par des pratiques pédagogiques où l’enseignant adapte son cours au niveau des élèves et aux Pays-Bas, par du soutien scolaire organisé au sein des établissements.

• Les élèves coréens et japonais, quel que soit leur milieu socio-économique, ont tous recours aux cours privés après l’école, pratique qui les aide à combler leur retard et à développer leurs compétences. Il est toutefois difficile d’imaginer ce système en  France : il générerait encore davantage d’inégalités sociales car tous les enfants n’auraient certainement pas accès aux cours privés.

• Au Portugal, le taux élevé de redoublement était considéré comme un obstacle à la réussite des élèves issus d’un milieu défavorisé. Le gouvernement portugais a donc investi, entre 2005 et 2009, davantage de ressources en triplant le nombre de bénéficiaires de son programme d’action sociale scolaire. En parallèle, les enseignants ont reçu des formations complémentaires et un système d’évaluation (des enseignants et des établissements) a été mis en place afin d’augmenter la responsabilisation, initiatives qui ont permis une progression significative des résultats des élèves de 15 ans portugais en compréhension de l’écrit entre 2000 et 2009. Sur la période 2004-09, le taux de redoublement dans la 9ème année d’études a également connu un recul important, passant de 21.5 % à 12.8 %.

Voici donc quelques éléments pour nourrir la réflexion sur les moyens mis en œuvre dans certains pays pour lutter contre l’échec scolaire.

Source : L'Education déchiffrée 



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