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Dimanche 19 novembre 2017
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LE GRAND REMPLACEMENT  -

LE GRAND REMPLACEMENT


Théorie du complot, fantasme raciste ou réalité démographique et culturelle ?



Par metamag
mis en ligne le


Interrogée par Le Journal du Dimanche, Marine Le Pen expliquait récemment ne pas croire au « Grand Remplacement » théorisé et dénoncé par l’écrivain Renaud Camus : « Le concept de grand remplacement suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste » . « Je pense de manière plus pragmatique que l’immigration est utilisée depuis trente ans par les grands milieux financiers pour peser à la baisse sur les salaires, avec une grande efficacité si j’en crois les derniers chiffres», continue la Présidente du Front national. 
Ce que dit Marine le Pen est exact, Alain de Benoist parlant plus en langage marxiste de l'immigration comme « armée de réserve du capital ». Outre que Marine Le Pen utilise ici l'argumentaire de ses adversaires (la théorie du complot) pour faire taire certaines voix en interne et adoucir son discours, le Front National est encore allée plus loin cette semaine en qualifiant aussi la théorie du « grand remplacement » comme « racialiste ». C’est le nouveau directeur national du Front National de la Jeunesse, Gaëtan Dussaussaye, 20 ans, qui, interrogé lors du JT de TVLibertés, le jeudi 6 novembre a tenu ce propos : « A la base de cette notion (ndlr : de grand remplacement), il y a un fondement racialiste, ce que ne peut accepter le FN  ». Il préfère ainsi s’en tenir à l'idée d'une invasion ou colonisation culturelle mais refuse absolument de reprendre l'argument démographique du « grand remplacement ».ML 
A noter l'ouverture d'un observatoire du « grand remplacement » .


Le grand remplacement par A+B


Corsaire Malouin*

Le fameux grand remplacement, (ou remplacement de population, voir génocide par substitution selon certains), c’est à dire le remplacement de la population de souche européenne par une population d’origine culturellement et ethniquement extra-européenne (allogène), est un phénomène qui relève de l’imaginaire et du paranoïde, et qui ne peut qu’être le produit de l’esprit d’un facho fâcheux, dixit la sphère bien-pensante. Cette même sphère dirigeante qui nous éclaire jour après jour de ses lumières infinies (et particulièrement aveuglantes). Nous allons pourtant tâcher de détailler pourquoi cette idée est loin d’être farfelue. Nous pourrons ainsi constater, une fois tous les chiffres et toutes les raisons mis sur la table, que le phénomène est même très palpable. Notez que les chiffres sont sérieusement sourcés et disponibles en fin d’article.

L’échelle de temps

Avant toute chose, il faut rappeler l’échelle de temps concernant le phénomène. Il s’agit d’un détail qui a son importance, et même une importance capitale, car c’est lui qui renseigne sur l’aspect massif de la chose. Si l’état dans lequel nous sommes aujourd’hui avait pris cinq siècles, le phénomène serait un peu moins angoissant (quoique le serait-il pour son aspect plus irréversible). Le phénomène qui nous intéresse ici se déroule donc sur une très courte période de temps. La première véritable (palpable) immigration extra-européenne s’est fait sentir durant les années 60, mais c’est surtout à partir des années 70 que le phénomène a pris une grande ampleur, en partie en raison du regroupement familial (qui représente 45.2% des immigrés légaux actuellement selon le ministère). On peut donc estimer que les choses se déroulent depuis une grosse quarantaine d’années, ce qui est infime à l’échelle de l’histoire. Et donc fulgurant.

La proportion actuelle d’extra-européens

D’après le communiqué de l’INSEE, en 2008, le nombre d’immigrés hors générations suivantes serait de 5.342.000 dont 3.310.000 extra-européens, soit 62% du total. Vient ensuite la première génération de descendants d’immigrés qui est d’environ 6.700.000, dont l’INSEE estime que la proportion d’origine extra-européenne est d’à peu près 3.280.000. Ceci donne un premier total d’environ 6.6 millions d’immigrés d’origine extra-européenne. Il faut ensuite tenir compte des nombreux descendants des différentes générations suivantes ainsi que de l’évolution de cette population depuis 2008, ajoutant théoriquement 3 à 4 millions de personnes, estimation plutôt modérée et cohérente au vu des chiffres précédents et de leur date de publication. Il faut ajouter ensuite les autres minorités dites extra-européennes mais françaises de naissance et non comptabilisées dans les chiffres précédents de l’INSEE, soit environ 500.000 roms, 800.000 antillais et 500.000 harkis entre autres (merci à phila dans les commentaires du Mur des Chiffres pour ses recherches sur le site de l’INSEE). On peut ainsi raisonnablement estimer la population d’extra-européens vivant légalement en France entre 11.5 et 13 millions d’individus.

A tout ceci il faudrait ajouter un chiffre situé entre 200.000 et 400.000 immigrés clandestins selon le ministère en 2005 (ou entre 350.000 et 400.000 dès 1998 selon José Balarello (sénateur) à l’époque), sachant qu’en fait, d’autres hypothèses de François Héran, directeur de l’Institut national des études démographiques, tenant compte de paramètres tels que le nombre d’arrivées et la durée moyenne restée sur le territoire en attente de régularisation (10 ans), parle plutôt de 800.000 immigrés illégaux environ.

On parlera donc plutôt de 12 à 14 millions d’allochtones au total sur le territoire.  Soit environ 20% de la population totale (une personne sur cinq), ce qui ne parait pas exagéré lorsqu’on se déplace dans nos grandes agglomérations.

Le taux annuel des naturalisations et les clandestins

Le nombre de naturalisations légales (incluant les mariages) varie lui entre environ 160.000 et 195.000 chaque année (191.500 par exemple en 2011 selon le ministère), le plus important taux d’Europe, soit près d’un million tous les 5 ans. Ces naturalisations permettent au gouvernement de dire régulièrement qu’il n’y a « pas plus d’étrangers en France que dans les décennies précédentes » (puisque ceux-ci deviennent des « français » à la pelle, ils sortent forcément des statistiques, du point de vue des papiers…).

A ceci il faut ajouter plusieurs dizaines de milliers d’immigrés extra-européens illégaux (clandestins) arrivants chaque année (en augmentation en raison des crises récentes et de l’espace Schengen) : on parle en général de 40.000 minimum, et selon Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur à l’époque, entre 80.000 et 100.000 migrants illégaux supplémentaires entreraient chaque année sur le territoire.

Le taux de natalité des blancs et celui des extra-européens


On sait d’après les statistiques que si le taux de natalité, bien que médiocre, se porte assez bien en France en comparaison des autres pays d’Europe (environ 1.9 enfant par femme), ceci est en fait en grande partie dû au taux de natalité des allogènes sur le territoire (et le métissage étant quant à lui quasiment négligeable car généralement inférieur à 4% à l’instar des USA). En effet, selon Jacques Dupâquier, membre de l’Institut de France, dans Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe ? (L’Harmattan 2006), le taux de fécondité des blancs (d’origine française ou européenne) serait d’environ 1.7 (leur population ne se renouvelle pas et diminue donc) tandis que celui des allogènes (origines africaines et turques) serait d’environ 3.4, soit le double.

Autre point très important qui s’ajouterait encore au taux de fécondité par femme : l’écart entre chaque génération. Ce phénomène a un lourd impact à moyen et à long terme. Chez les femmes autochtones, l’écart moyen entre deux générations serait sensiblement plus important, car ayant leur premier enfant plus tard que chez les allochtones qui renouvelleraient ainsi les générations plus rapidement, ce qui permet, au delà du taux de fécondité, une plus forte augmentation de la population pour un laps de temps donné (merci à Jean Pierre et Chilbaric en commentaires pour leurs différents apports dans ce chapitre).


Sur le territoire national, le taux de naissance parmi les immigrés serait par exemple de 25%, estimations qui est pourtant encore trop basse. D’autres chiffres encore bien plus réalistes et plus parlants existent en effet grâce aux statistiques de l’Institut de Veille Sanitaire (INVS) et de l’AFDPHE (Asso. Française pour le Dépistage et la Prévention des Handicaps de l’Enfant) : le taux de naissances en France nécessitant un dépistage de la drépanocytose, et donc ne concernant que les naissances issues de deux parents d’origine extra-européenne (Afrique, Antilles, Maghreb, Asie).

Il était de 34.44% en 2012, soit environ 283.100 naissances sur 822000 (INSEE 2012) pour la métropole seule,  (33.1% en 2011, 31.5% en 2010 et 25.6% en 2005, ce qui dénote une augmentation très rapide). Soit plus d’un tiers des naissances françaises. En Île de France il était de 65.95%, soit les deux tiers en 2012 (63.65% en 2012, 60% en 2010 et 54% en 2008, augmentation là aussi très rapide). Tout ceci s’observe très bien dans les couloirs des cliniques de maternité ou dans les classes des écoles d’île de France (entre autres exemples). Et si l’on tient compte de l’augmentation mesurée sur les années précédentes, les chiffres de 2013 doivent donc déjà dépasser 36% pour la France et 68% pour l’île de France… Impressionnant, non ?

Il faut se représenter ces chiffres ahurissants qui parlent de plus d’un tiers des naissances nationales et deux tiers en Île de France depuis 2012… Il convient surtout de se représenter l’impact que cela aura en seulement deux générations, surtout sachant que la vieille population blanche meurt plus et se reproduit trop peu pour se renouveler. Cet effet est plus important que l’immigration massive et s’accélère sans cesse : un arrêt de l’immigration ne serait donc plus en mesure d’inverser la tendance. L’image de l’état civil de Villeneuve-Saint-Georges (plus haut) est représentative d’un cas extrême certes (banlieue parisienne) mais très parlant tout de même, que ce soit pour les naissances comme pour les décès.  A Mantes-la-Jolie, le taux de naissances allogènes atteignait par exemple 95% en 2011, selon Michèle Tribalat, démographe. Autre exemple, à Marseille, déjà plus de 50% des jeunes de moins de 18 ans sont d’origine afro-maghrébine.

En conclusion, les naissances actuelles parmi les immigrés représentent donc déjà plus du tiers des +820.000 naissances annuelles françaises, soit 280.000 à 304.000 par an (en prenant de 34 à 37%).

Les départs et les décès

Aux chiffres précédents, nous pouvons retrancher entre 80.000 et 100.000 décès parmi les allogènes (taux INSEE pondéré par une population encore jeune), quelques milliers de départs volontaires (encore rares) et environ 10.000 expulsions sans retour. En effet, le chiffre total des expulsions tournait à environ 30.000 (dont 10.000 aidés financièrement) vers 2011-2012. Or, espace Schengen oblige, les 2/3 des expulsés annuels reviennent légalement sur le territoire, ce qui ne fait ici un solde négatif (expulsions sans retour) que de 10.000 très approximativement. Le total des départs et des décès chez les immigrés se situe donc peut être entre 100.000 et 120.000.

Pour contrebalancer ces derniers chiffres, il faut savoir aussi qu’au moins 35 à 40.000 français (majoritairement de souche) quittent le territoire chaque année pour aller vivre ailleurs, amplifiant de fait la proportion d’extra-européens en France. Chiffres en forte augmentation selon le Conseil des Français de l’Etranger : +50% en 10 ans. Ils seraient déjà 2 à 3 millions hors de l’hexagone dont une majorité de blancs.

Au final, nous avons donc 12 à 14 millions d’extra-européens (20% de la population) déjà présents, en seulement une quarantaine d’années. Ce nombre augmente, d’après les arrivées et les naissances moins les décès et les départs, de 360.000 à 480.000* par année (400.000 étant un chiffre fréquemment cité), soit entre 3.60 et 4,8 millions par décennie, sachant que les chiffres des naissances augmentent forcément tant que la population augmente. Si nous mettons cela en perspective avec le vieillissement de la population blanche et son trop faible taux de natalité (1.7), ainsi que les départs de millions de blancs vers l’étranger, nul besoin d’être un sombre pessimiste paranoïaque pour y voir un remplacement rapide de population. Surtout sachant que le même phénomène agit un peu partout en Europe, et que l’ouverture des frontières amplifie sans cesse le phénomène. Voilà comment depuis peu le prénom Mohammed est le plus donné d’Angleterre, entre autres exemples. Très British, isn’t it ?

La politique actuelle de redistribution vers la province

Depuis quelques années la politique nationale est de redistribuer tant que possible les masses migrantes vers la province, quitte à ce que ce soit dans des zones où il y a encore moins d’emplois et de possibilités d’accueil, le tout de manière plus ou moins discrète et avec des méthodes plus ou moins discutables, comme par exemple certains financements reçus en échange de l’accueil d’un nombre substantiel de migrants… (voir ici et ici avec la fameuse « rumeur de Niort »). Ainsi, par exemple, le document du « Programme régional d’intégration des populations immigrées Poitou-Charentes 2010-2012 » nous informe que 51% des immigrés présents dans la région sont arrivés il y a moins de 5 ans (et 38% sont envoyés en milieu rural). Ceci explique l’augmentation soudaine de ces populations dans les grandes villes et les villes moyennes de régions telles que la Bretagne, jusqu’alors quasi totalement préservée, ainsi que dans les petites villes et villages un peu partout sur le territoire.

Si nous mettons ceci en parallèle avec l’exode des blancs et de leur culture des zones où l’immigration se fait trop massive (Londres parle par exemple de 600.000 blancs ayant quitté la capitale en une décennie, on peut imaginer ce type de chiffres dans nos grandes agglomérations), la sensation et la réalité du remplacement se font plus fortes encore, plus visibles, et plus pressantes.

Quelques projections alarmantes

Si l’on s’en tient au rapport sur les migrations de remplacement publié par la Division de la population des Nations Unies en 2000 (voir le résumé officiel en français, le communiqué de presse en français, ou le document complet en anglais) les chiffres ET les faits sont alarmants :

« En 2100, la population européenne autochtone constituera moins d’un tiers des habitants (170 millions) contre une majorité écrasante d’immigrés ou de personnes d’origine immigrée (pour un total de 520 millions d’habitants, soit quasiment le maintien de la population actuelle), L’ONU décide alors de « recommander » des quotas d’immigration visant le remplacement des Européens d’origine qui disparaissent suite à leur démographie ; c’est le concept de « remplacement de population » qui est mis en œuvre. « Tous les pays et régions étudiés dans ce rapport auront besoin d’un flux d’immigration pour éviter que leur population ne diminue. Cependant le niveau d’immigration, relatif à l’expérience passée, varie beaucoup. Pour l’Union européenne, la poursuite des taux d’immigration observés dans les années 1990 suffirait à peu près à éviter une baisse de la population totale, tandis que pour l’Europe dans son ensemble, il faudrait deux fois le taux d’immigration observé dans les années 1990. » (Extraits du rapport de l’ONU)

Article publié sur L'Identitaire



Le fantasme du « grand remplacement » démographique


Frédéric Joignot*

« Le Grand Remplacement est le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre. » C’est en ces termes alarmistes que l’écrivain Renaud Camus, proche du Front national, a lancé en septembre 2013 un manifeste intitulé : « Non au changement de peuple et de civilisation ».

Depuis deux ans, cette « théorie du remplacement » du peuple français « de souche » par d’autres peuples, principalement venus du Maghreb et d’Afrique, connaît une popularité grandissante dans les milieux d’extrême droite, voire de droite. Cet écho mérite qu’on s’y arrête car cette théorie cristallise des peurs profondes et des discours de plus en plus radicaux.

PEURS PROFONDES

Les groupes identitaires l’exaltent, le Front national la reprend, la blogosphère d’extrême droite la soutient, des magazines comme Valeurs actuelles et Causeur la relaient. Elle est évoquée avec chaleur par des intellectuels ou des journalistes qui dénoncent la dissolution de l’« identité française », comme Eric Zemmour.

Charles Beigbeder, ancien secrétaire national de l’UMP, l’associe à l’inquiétude identitaire des marcheurs de La Manif pour tous. « Cette mobilisation [contre le mariage homosexuel] est née de la prise de conscience de l’impérieuse nécessité de conserver notre identité de civilisation. (…) En toile de fond, on ne peut être insensible au “grand remplacement” théorisé par Renaud Camus, qui voit la culture occidentale s’effacer au profit des “cultures d’origine” des populations allogènes », expliquait-il dans le mensuel Causeur en août 2013.

Dans son livre autoédité Le Changement de peuple, paru en 2013, Renaud Camus détaille cette « théorie du remplacement ». Attristé par la mondialisation, l’écrivain affiche une grande mélancolie pour le passé : il affirme que les « maîtres du commerce international » et les « chevaliers de l’industrie globalisée » ont transformé chaque Français en un « pion désoriginé échangeable à merci, sans aspérités d’appartenance, délocalisable ». Ce faisant, ajoute-t-il, ils ont façonné un « homme remplaçable, débarrassé de toute spécificité nationale, ethnique et culturelle ».

NOURRISSONS « VOLONTIERS MUSULMANS »

Selon Renaud Camus, cet « économisme pur », relayé par le patronat français et par des hommes politiques inconscients, nous a fait perdre le sens de la patrie et de « l’épaisseur des siècles » : il a dissous la mémoire de notre histoire et de notre littérature, diluant les individus dans une « Grande Déculturation ». C’est cette « hébétude » généralisée qui a permis aux élites corrompues d’orchestrer sans résistance une véritable « colonisation de peuplement » du pays par l’immigration maghrébo-africaine. A la fin du texte, Renaud Camus affirme qu’en France « la proportion d’indigènes est encore assez haute parmi les personnes les plus âgées, mais elle va s’amenuisant spectaculairement à mesure qu’on descend dans l’échelle des âges. Tendanciellement (…), les nourrissons sont arabes ou noirs, et volontiers musulmans ».

Pour l’écrivain, il est impossible que le peuple français cohabite avec des peuples « allogènes » non européens sans perdre son identité. Il affirme qu’aux Etats-Unis, le pays du « melting-pot », « où le changement de peuple est en cours comme chez nous », la situation est telle que « les descendants des bâtisseurs de cette nation s’y trouvent désormais minoritaires ».

Les études de l’Insee disent pourtant tout autre chose que les livres de Renaud Camus. Publiée en octobre 2012, « Insee Référence – Immigrés et descendants d’immigrés en France » décompte ainsi 5,3 millions de personnes « nées étrangères dans un pays étranger », soit 8 % de la population. Parmi ces immigrés qui ont contribué à reconstruire la France d’après-guerre, 1,8 million viennent de l’Union européenne. Restent donc 3,5 millions de personnes, dont 3,3 millions sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie. Ces immigrés venus du Sud qui font si peur aux théoriciens du « grand remplacement » représentent donc 5 % de la population française. Difficile de parler, comme le fait Renaud Camus, d’une « contre-colonisation » par les étrangers non européens…

MOINS DE 5 % DE LA POPULATION

Si on élargit la notion d’immigré et que l’on prend en compte l’ensemble des descendants de ces migrants – bien qu’ils soient tous nés en France –, on trouve le chiffre de 6,7 millions. Parmi eux, 3,1 millions descendent de migrants venus du Maghreb francophone, d’Afrique et d’Asie – soit moins de 5 % de la population française. Comment pourraient-ils la remplacer tout entière ?

Malgré ces statistiques, les défenseurs de la théorie du « changement de peuple » n’en démordent pas. Un texte circule ainsi sur la blogosphère de droite. Intitulé « Le grand remplacement par A + B », il additionne les immigrés venus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie et leurs descendants, soit plus de 6 millions de personnes. Il y ajoute « 3 à 4 millions » de descendants appartenant à la troisième génération d’immigrés, sans préciser la source de cette information. Il y adjoint enfin, pêle-mêle, des Français et des étrangers qu’il considère comme des « allochtones extra-européens » : 800 000 Roms, 500 000 harkis, 800 000 Antillais, entre 400 000 et 800 000 « immigrés clandestins », 80 000 « migrants illégaux » et 160 000 à 195 000 naturalisés annuels… Nous voilà, selon ce texte, avec 12 à 14 millions de « non-Blancs » – soit environ 20 % de la population.

Une projection alarmiste conclut ce manifeste : puisque l’on « sait », affirme-t-il, que la « vieille population blanche meurt plus et se reproduit trop peu pour se renouveler », qu’elle s’exile « par millions » et que la fécondité « afro-maghrébine » est plus élevée que la fécondité des « Français de souche », nul besoin « d’être un sombre pessimiste paranoïaque pour y voir un remplacement rapide de la population ».

La plupart des chiffres cités par ce texte sont totalement fantaisistes. La population des Roms n’approche pas du million : elle est estimée à 20 000 par le ministère du logement. Il n’y a pas 160 000 à 195 000 naturalisés annuels : il y en a eu 94 000 en 2010, 66 000 en 2011 et 46 000 en 2012, soit environ moitié moins. Quant aux clandestins, ils sont évidemment très difficiles à recenser.

QU'EST-CE QU'UN « FRANÇAIS D'ORIGINE » ?

Mais plus que les chiffres, c’est la démarche intellectuelle des partisans du « grand remplacement » qui pose problème. Pour Pascale Breuil, chef d’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, opposer les « allogènes » aux « indigènes » semble difficile. « Chez les descendants d’immigrés, la moitié ont un seul parent immigré : ils sont donc issus de couples mixtes, explique-t-elle. Devenus parents, ils parlent français avec leurs enfants à 99 %, et 64 % de ceux qui vivent en couple ont un conjoint qui n’est ni immigré ni descendant d’immigré. Comment définir une population “allogène” ? »

Pascale Breuil s’interroge surtout sur la notion même de « substitution de peuple ». « Jusqu’où faut-il remonter pour être considéré faisant partie du peuple français ? demande-t-elle. Doit-on écarter l’immigration de travail remontant à la fin du XIXe siècle, avec l’arrivée de nombreux Italiens, Belges, Suisses et Allemands, qui ne se sont pas tous mariés entre eux et qui ont eu des enfants ? Ou encore les migrations venues d’Europe du Sud et d’Afrique depuis le début du XXe siècle, sans oublier les naturalisés et les réfugiés ? Il est finalement très difficile de définir qui est ou non d’origine française. » En fait, comme l’ont bien montré les historiens de l’immigration comme Patrick Weil ou Gérard Noiriel, il existe un « creuset français » : depuis la fin du XIXe siècle, les différentes vagues d’immigration se sont mêlées à la population française, même quand elles ont d’abord été ostracisées.

Découvrant le texte « Le grand remplacement par A + B », François Héran, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), constate qu’il s’agit, dans l’esprit des rédacteurs, de « convertir les origines nationales en données raciales ». « La cible devient les “non-Blancs” », explique-t-il. Quant aux extrapolations de Renaud Camus, il les décrit comme des « billevesées » : le démographe rappelle que la croissance de la population française depuis la guerre (20 millions d’habitants) n’est évidemment pas entièrement due à l’immigration. « Le baby-boom de l’après-guerre, avec 2,6 à 3 enfants par femme, a joué pour un bon tiers et continue à exercer des effets à long terme. Le deuxième tiers provient de l’allongement de l’espérance de vie, qui fait coexister plus de générations. Le troisième tiers vient de l’immigration qui, n’oublions pas, n’est pas entièrement extra-européenne. »

« SINISTRE FARCE »

Le démographe Hervé Le Bras, auteur du Démon des origines (L’Aube, 1998), voit dans le « grand remplacement » une « sinistre farce » qui dure depuis des dizaines d’années. « Parler d’immigré de seconde ou troisième génération, explique-t-il, est une contradiction dans les termes. Ils ne migrent plus, ils sont français. On les désigne comme une espèce de “cinquième colonne”, comme s’il s’agissait d’ennemis intérieurs. »

Pour Hervé Le Bras, le fait de considérer les descendants d’immigrés nés de mariages mixtes comme des « allogènes extra-européens » relève d’une « théorie raciste ». « Les rédacteurs de ce texte pensent que si une personne a un ancêtre arabe, elle reste arabe. C’était le principe de la “one drop rule” américaine pendant la période de la Ségrégation : une seule goutte de sang noir vous définissait comme noir et donc comme inférieur. C’était pareil pour les juifs pendant l’Occupation. Ajoutons qu’aux Etats-Unis les Arabes sont considérés comme “Blancs” ! »

Comment réagissent les historiens de l’immigration au « grand remplacement » ? Pour Gérard Noiriel, auteur du Creuset français (Seuil, 1988), ces textes alarmistes prophétisant la destruction de la « race » et de la « civilisation » françaises existent depuis la fin du XIXe siècle. Avant-guerre, en France comme en Allemagne, les nationalistes qui ont mené l’Europe au désastre affirmaient que les juifs, les Arméniens et les « Levantins » menaçaient l’intégrité de la patrie. Après-guerre, ce furent les Maghrébins. « A partir des années 1960, constate Gérard Noiriel, les arguments culturels et religieux ont remplacé les arguments biologiques, mais le discours du déclin national par leur faute demeure. Pourtant, dans aucun pays d’immigration les prédictions catastrophistes ne se sont concrétisées. »

UN « VIEIL IMAGINAIRE DE PURIFICATION »

Nicolas Bancel, historien de la colonisation, se dit lui aussi inquiet face à « ce vieil imaginaire de purification de la société de ses éléments allogènes », qui oublie les artistes, les acteurs, les sportifs, les écrivains, les musiciens, les patrons, les ministres, les étudiants, les présentateurs, les cadres issus de l’immigration afro-maghrébine.

Lire aussi l'entretien avec Nicolas Bancel : « Un inquiétant imaginaire de purification ethnique et culturelle »

Pour le sociodémographe Patrick Simon, la question n’est pas tant celle du métissage que celle de la ségrégation urbaine : si l’idée du « grand remplacement » est agitée à l’extrême droite, voire à droite, c’est parce que les immigrés se retrouvent cantonnés, malgré eux, dans des ghettos où les Français ne veulent pas vivre, mais où les plus défavorisés d’entre eux restent.

Depuis cent cinquante ans, rappelle-t-il, il y a des quartiers immigrés en France : italiens dans le Sud, polonais dans le Nord, arabes en Ile-de-France et dans le Midi, chinois à Paris. « Parfois, la cohabitation est difficile. Ces mouvements de population suivent la loi du marché immobilier, note-t-il. C’est un classique de l’histoire urbaine. » Selon Patrick Simon, seule une politique de la ville ambitieuse dans les quartiers en déshérence évitera de faire naître un sentiment d’abandon chez ceux qui y vivent.

Mais le plus grand danger vient de l’instrumentalisation politique de ces discours. « En associant immigrés et “remplacement”, on désigne les Français de l’immigration comme des envahisseurs, poursuit Patrick Simon. Cela fait que, partout où ils vivent, même quand ils sont minoritaires, on en fait un danger potentiel. C’est la responsabilité des hommes politiques de dire qu’ils sont français, et de leur permettre de s’intégrer. »

*article publié sur Le Monde.fr





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