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VIE POLITIQUE ET VIE PRIVÉE -

VIE POLITIQUE ET VIE PRIVÉE


Fallait-il « outer » Florian Philippot ?



Par metamag
mis en ligne le


L’« outing » (on aura noté une fois de plus l'expression anglaise mise en parallèle souvent avec celle du coming out) est le fait de révéler l'orientation sexuelle d'une personne contre son avis. Être « outé », c'est voir ses caractéristiques rendues publiques sans son consentement, voire contre sa volonté. L'« outing » est un procédé, plus ou moins contesté, de déclaration publique de l'orientation sexuelle d'une personne qui souhaite la garder secrète. L'« outing » dans les médias a le plus souvent un but politique : dénoncer une divergence entre style de vie privée et propos publics. On considère souvent à tort que l'« outing » serait typiquement anglo-saxon et qu'il ne choquerait pas dans ces pays. C'est faux car l'« outing » remet en cause l'un des sacro-saints principes du libéralisme politique, le ''silence de la loi'' en ce qui concerne les mœurs et la vie privée. Sans cette séparation vie privée et vie publique, que reste-t-il en effet du libéralisme politique ? Un totalitarisme de l'édredon. Dans l'hypermodernité, les homos sont tenus de se déclarer, de se marier, de rentrer dans le rang et de ne plus courir débraillés dans les parcs. Entre « coming out » et mariage pour tous, l'« outing » est l'arme politique de l'homosexualisme. On n'envisage l'homosexualité que sous la bannière arc en ciel. La France est en retard : elle n'aurait pas encore acquise la culture du « coming out ». Or, il n'y a  pas une homosexualité mais des homosexualités alors qu'ici, il s'agit bien sûr d'uniformiser et de faire plier toutes les différences en les rendant publiques et uniformes, il s'agit d'envisager la transparence en permanence de tous les rapports et ainsi de ne pas permettre les rapports troubles. Déjà, les pédophiles sont systématiquement mis au bûchers, les folles prier de se taire et de changer de voie, les dragueurs invétérés de passer devant le maire. Il faut au totalitarisme de l'édredon la délation pour s'épanouir mais c'est une délation nouvelle : une délation anti-fasciste. Sans attribuer la phrase à Churchill, on sait que les fascistes de demain s'appelleront eux-mêmes antifascistes. ML.


POURQUOI LA RÉVÉLATION DE L’HOMOSEXUALITÉ D’UNE PERSONNALITÉ PUBLIQUE PEUT ETRE UTILE


Charles Roncier*

Ce vendredi 12 décembre, le magazine Closer révèle l’homosexualité de Florian Philippot, député européen FN et vice-président du parti de Marine Le Pen. A cette occasion, l’Association des Journalistes Lesbiennes Gay Bi.e.s et Trans (AJL) rappelle son attachement au respect de la vie privée. Mais elle appelle de ses vœux une évolution des mentalités et de la législation, afin que l’homosexualité ne soit pas automatiquement reléguée à la sphère privée (quand l’hétérosexualité, elle, est toujours publique), et que la conception parfois très restrictive de « vie privée » ne serve pas d’excuse pour entraver la liberté d’informer.

En France, la jurisprudence est ambiguë au sujet de « l’outing » -une pratique née au sein de l’activisme anglo-saxon pour dénoncer les incohérences de personnalités gay ou lesbiennes opposées aux droits des LGBT, et reprise aujourd’hui par la presse. En 2004, Jean-Luc Romero a réussi à faire condamner un magazine qui l’avait « outé », pour atteinte à la vie privée. Depuis, peu de journalistes s’y risquent. Pourtant, en 2005, la justice a débouté Marc-Olivier Fogiel et Stéphane Bern de leurs plaintes contre l’Expansion, car les juges ont considéré que les deux animateurs avaient déjà donné des indications sur leur orientation sexuelle dans la presse et qu’il n’y avait donc pas atteinte à la vie privée.

Dans un livre paru en décembre 2013, Octave Nitkowsky a révélé l’homosexualité de deux responsables du Front national dont Steve Briois, le maire d’Hénin Beaumont. Poursuivi, l’auteur a finalement pu conserver les passages évoquant l’homosexualité du plus connu des deux, soit Steve Briois. La cour d’appel de Paris a en effet estimé que«le droit du public à être informé de l’homosexualité de M. Briois (primait) sur le droit au respect de ce pan de sa vie privée». Selon les juges, Steeve Briois, secrétaire général du FN, «est une personnalité politique de premier plan», dans une «commune dont le livre rappelle l’importance dans la stratégie de conquête électorale menée par le Front national». Ils ont souligné que «l’évocation de l’homosexualité de M. Briois (…) (était) de nature à apporter une contribution à un débat d’intérêt général», particulièrement puisqu’il a des responsabilités dans un parti connu pour ses positions homophobes. Jean-Marie Le Pen notamment s’est plusieurs fois distingué pour ses propos stigmatisant les homosexuel-le-s et les personnes vivant avec le VIH.

Qu’en est-il avec Florian Philippot ? 

N’occupe-t-il pas lui aussi des responsabilités dans un parti connu pour ses positions anti-égalité ? N’est-il pas l’un des plus proches conseillers de Marine Le Pen, qui a longtemps hésité quant à l’attitude à adopter face à l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe ? Près d’un an et demi après l’adoption de la loi, la révélation de son homosexualité permet peut-être de commencer à comprendre la relative discrétion de la direction du FN lors des « débats » et des manifestations anti-égalité. En cela, et seulement en cela, elle peut être utile.

Source



AFFAIRE PHILIPPOT : TOUT EST-IL PERMIS CONTRE LE FN?


Jérôme Leroy*

Précisons d’abord deux ou trois choses : je n’ai rigoureusement aucune sympathie pour le Front national, j’estime que sa banalisation dans la vie politique française est une catastrophe, je ne crois pas trente secondes à sa mue « sociale » et je me souviens de l’époque pas si lointaine, au moment où Marine Le Pen prenait le Front en main, que lorsqu’on visitait le site du FN, la page renvoyant au programme économique était assez ironiquement, mais d’une ironie involontaire, marquée « en construction ». Et pour cause : il fallait quand même un peu de temps pour transformer des propositions ultralibérales, celle du vieux FN, en programme « cryptomarxiste » comme aime le dénoncer la droite sous prétexte que l’on trouve désormais au Front des propositions sociales, sans doute, mais en invoquant aussitôt la préférence nationale et en oubliant, donc, au passage l’internationalisme qui est tout de même la base du marxisme, « crypto » ou pas.

Cela précisé, tous les moyens sont-ils bons à utiliser contre le FN pour contrer son influence et le fait qu’il apparaisse de plus en plus comme la seule alternative à la politique unique de l’UMP et du PS ? Une alternative incarnée par des gens comme Jouyet ou Attali qui servent tranquillement aussi bien Sarkozy que Hollande tant que les choses vont « dans le bon sens », c’est-à-dire une libéralisation et une marchandisation toujours plus grande de tous les aspects de notre vie, le primat définitif de l’économique sur le politique, l’ère postdémocratique où se rendre aux urnes ne sert à rien puisqu’il n’y a plus qu’une politique possible pour les gens raisonnables, entendez ceux qui veulent travailler le dimanche jusqu’à soixante-dix ans sans contrat de travail.

Vous vous étonnerez après, une fois que l’omerta médiatique a pesé sur toutes les solutions alternatives de gauche, que seul le FN dans une espèce de formidable OPA, apparaisse comme la seule opposition à un conglomérat de « partis de gouvernements » mais une opposition tellement infréquentable qu’elle a toute les chances de rester dans l’opposition, puisqu’au nom du Front républicain, si Marine Le Pen était présente au second tour de 2017, elle serait battue même par un manche à balai estampillé UMP ou PS. La vraie ruse du système est là, d’ailleurs : le FN sera l’idiot utile des futures grandes coalitions UMP/PS, ce qui se profile déjà dans certaines futures grandes régions où il risque de faire des scores impressionnants comme le Nord-Pas-de-Calais Picardie . C’est vous dire, donc, si le FN m’inspire peu de sympathie, à moi, le coco du FDG, vite taxé de rouge-brun par les bien pensants qui me rejettent mes camarades et moi de leur côté alors que nous disons depuis trente ans en y croyant ce qu’ils disent depuis trois sans y croire, et en y rajoutant une bonne pincée d’ultranationalisme poutinien.

Mais voilà : je me fais une idée de la politique comme lieu de débats, d’affrontements, voire d’affrontements physiques façon manifs énervées mais certainement pas comme le lieu de rumeurs sordides portant sur la vie privée. En ce sens, là aussi, nous avons longtemps été, nous les Français, une exception. Les galipettes dirigeantes nous indifféraient, les maris, les femmes, les amants, les enfants cachés, les seconds ménages, tout cela nous faisait sourire un instant et puis nous passions à autre chose. Somme toute, ce qu’on a reproché au Régent, ce n’est pas tant ses partouzes joyeuses que la banqueroute de Law et en ce sens nous faisions bien. Il y a tout de même quelque chose d’infiniment plus grave dans le fait de pratiquer l’évasion fiscale que d’aimer les plans à trois ou les garçons ou le BDSM, non ?

C’est pour cela que ce qui vient d’arriver à Florian Philippot devrait tous nous inquiéter. Le journal Closer a cru bon de révéler son homosexualité en produisant des photos de lui et son petit ami en voyage d’amoureux à Vienne. Cette pratique venue des USA était à l’origine pratiquée par des associations gays qui voulaient dénoncer l’hypocrisie d’élus ou de stars homo ET homophobes. Cela était déjà très discutable et le problème s’était posé au moment du PACS ou Act-Up avait menacé de balancer le nom d’un élu que l’on retrouvait dans toutes les manifs qui voulaient envoyer les pédés au bûcher. Mais balancer l’homosexualité d’un homme politique qui ne s’est jamais prononcé, contrairement à d’autres dans son parti, contre le mariage pour tous, relève carrément de l’abjection. On peut aussi se demander l’intérêt d’une telle info ou plutôt qui a intérêt à une telle info ? On peut penser à une manip interne. Finalement, le dernier congrès du FN a montré que la ligne Philippot, si elle restait majoritaire, était critiquée par une partie non négligeable des tenants du vieux Front, Marion Maréchal-Le Pen en tête. On peut penser à quelques officines ou cabinets noirs, dans la majorité comme dans l’opposition, pour écorner la figure trop lisse de celui qui incarne de façon crédible, au moins sur le plan médiatique, cette « autre politique » dont les Français ont confusément le désir. On peut aussi plus banalement, et finalement plus tragiquement, que Closer avec cette info ne fait que refléter notre mue anglo-saxonne, non seulement sur le plan de l’économie, du social mais aussi de nos mœurs (tout va ensemble, de toute façon).

Evidemment qu’il faut dénoncer l’imposture que représente Philippot qui tient un discours de « gauche » dans un parti historiquement d’extrême droite. Mais en organisant, par exemple des débats entre lui et des représentants de la gauche de gauche, histoire qu’on les voie vraiment, les différences irréductibles. Mais certainement pas en cherchant à le détruire par quelques photos volées et crapoteuses.

*Source



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