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Dimanche 19 novembre 2017
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FIN DE VIE -

FIN DE VIE


Entre Euthanasie et Droit à la sédation profonde



Par metamag
mis en ligne le


Pour Jean Léonetti, député UMP, auteur avec Alain Claeys, député PS, d’un rapport sur la fin de vie « Il y a un fondamental dans les grands pays démocratiques : on ne donne pas la mort, les médecins ne sont pas faits pour ça ». Pourtant les affaires sont légions.

- Le jury des assises de la Dordogne a condamné le docteur Laurence Tramois à un an de prison avec sursis, et acquitté l'infirmière Chantal Chanel. Les deux femmes étaient accusées d'empoisonnement pour avoir aidé à mourir une malade agonisante en 2003. Laurence Tramois avait prescrit et Chantal Chanel administré une injection létale de potassium à Mme Druais, 65 ans, atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale.
- Le Docteur Nicolas Bonnemaison a reconnu avoir donné la mort à huit de ses patients. Après avoir été radié de l'Ordre des médecins d'Aquitaine et renvoyé devant la Cour d’assise, il est acquitté.
- Christine Malèvre, infirmière de Mantes-la-Jolie se présente comme "une jeune femme dévouée au service de la souffrance des autres", et aurait donné la mort à la demande des familles. L’infirmière est finalement condamnée en appel en 2003 à douze ans de prison pour assassinats.
- Tétraplégique après un accident de la route, Vincent Humbert écrit en 2002 au président de la République pour lui demander « le droit de mourir ». Sa mère, qui décide de l’aider, devient alors son porte-parole, et avec la complicité du Dr Frédéric Chaussoy, du service de réanimation de Berck, elle abrège les souffrances de son fils. Le médecin et la mère ont bénéficié d’un non-lieu en 2006. 
-Atteinte d’une tumeur très rare et très douloureuse, Chantal Sébire a demandé en 2008 au chef de l’Etat de pouvoir être assistée dans son suicide, pour « mourir dans la dignité ». L’enseignante a lancé un appel relayé par les médias du monde entier. Après le rejet de sa demande par la justice française, elle a finalement été retrouvée morte à son domicile, en mars 2008, après une overdose de barbiturique

Chaque histoire est particulière, et relance un nouveau volet du débat sur la fin de vie.

Les législations sont différentes selon les pays. Certains autorisent l’euthanasie, sous différentes conditions. C’est le cas des Pays-Bas, de la Belgique, de la Suisse et du Luxembourg. 
D’autres l’interdisent, mais "une forme d'aide" à la mort est possible. Nous trouvons dans ce cas, la France, le Danemark, l’Italie, le Royaume Uni, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Norvège, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. 
Enfin, en Grèce, Bosnie, Croatie ,Serbie, Irlande et Pologne, l'euthanasie est strictement interdite.

En France, depuis 2005, les situations de fin de vie sont encadrées par la loi Léonetti. Le 17 mars 2015 une  proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie est adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Elle sera en Discussion en séance publique au sénat les  mardi 16 et mercredi 17 juin 2015. JP.




LES ARGUMENTS EN FAVEUR DE L'EUTHANASIE


Claire Pichard et Emma Bouedo*

Les arguments en faveur de l'euthanasie peuvent se ranger en trois catégories : ceux favorables à cette pratique de manière générale, ceux acceptant l'euthanasie passive et ceux acceptant l'euthanasie active.
  
A - Arguments pour l'euthanasie en général

Tout d'abord,  certains arguments pro-euthanasie en concernent toutes les formes. Ainsi, l'on peut penser comme Henri Caillavet (ancien sénateur, membre  du Comité National d'Ethique et président d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité) : "La vie m'a été imposée, je n'ai pas demandé à naître. Par contre, je suis libre de me donner la mort lorsque je le souhaite." Selon lui, le droit à mourir est une des libertés les plus essentielles de l'humanité. 
 
De plus, les maladies de certains sont rebelles à tout traitement autorisé. En ce cas, lorsqu'ils n'ont plus d'espoir de rémission et désirent la mort, il serait légitime d'accéder à leur requête, pensent les partisans de l'euthanasie. L'opinion publique prend progressivement conscience de cette possibilité, à travers surtout des cas médiatisés tels celui de Chantal Sébire. Cette femme était atteinte d'une tumeur très rare des sinus et de la cloison nasale, lui provoquant des douleurs insupportables. Bien qu'opposée au suicide, elle demanda plusieurs fois au président de la république de lui donner le droit de "mourir dans la dignité" : être euthanasiée. Mais ce droit lui fut refusé par le tribunal de grande instance de Dijon, au nom de la loi leonetti de 2005. Deux jours plus tard, elle se suicidait. 
 
Par ailleurs, l’un des aspects directeurs de notre société actuelle est la religion. Nous nous sommes intéressées aux pensées des religions majoritaires en France concernant l’euthanasie, et voilà ce qui en résulte : Tout d’abord, pour le protestantisme, selon certains courants, Dieu est certes responsable de la vie, mais l’homme également. Voilà pourquoi les deux formes d’euthanasie sont autorisées par cette religion. Concernant l’Islam, cette religion rejoint le Catholicisme sur le fait que l’homme étant une création divine, la supprimer de quelque manière que ce soit s’apparente à un meurtre. Cependant, l’euthanasie de manière passive est autorisée dans ces deux religions car, premièrement pour l’Islam il est considéré que se soigner relève du “ permis et non de l’obligatoire ”. Deuxièmement pour le Catholicisme, il est “ licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d’amoindrir la conscience et d’abréger la vie ” (Citation du papa Pie XII). Si le Judaïsme condamne absolument et sans restrictions l'euthanasie, d'autres religions ne sont pas si claires sur ce sujet. Pour exemple, il existe de multiples formes de Bouddhisme, qui pour certaines condamnent sans appel le suicide auquel est assimilé une euthanasie, mais certaines l'autorisent. 


B - Arguments pour l'euthanasie passive

Le principal argument concernant l'euthanasie concerne l'acharnement thérapeutique. Il s'agit du maintien artificiel en vie d'un patient, sans qu'il y ait de réel espoir d'amélioration de son état possible. On peut donc formuler ainsi : Lorsque la médecine retire ses soins à une personne, elle "se limite à mettre légitimement fin aux dérives néfastes de son propre pouvoir, l'acharnement thérapeuthique, et à rétablir l'ordre naturel des choses". D'ailleurs, même si le docteur Vignon, directrice d'une unité de soins palliatifs dans un hôtital de Strasbourg, est contre la pratique d'euthanasie, lorsqu'une personne exprime le désir de mourir et que l'équipe de soins palliatifs tente de rendre la vie de cette personne plus supportable à l'aide de soins, dans un même temps cette équipe "lâche tout ce qui pourrait prolonger artificiellement cette vie". C'est donc un arrêt d'acharnement thérapeuthique. D'ailleurs, la seule loi Française qui concerne l'euthanasie en parle et régule l'acharnement thérapeuthique. Il s'agit de la loi Leonetti de 2005 :
- Elle permet aux patients de décider eux-même d'arrêter tous leurs traitements.
- Les équipes médicales sont obligées d'accéder à ces requêtes ("même si elle les confronte à des questions et à des débats compliqués" selon Claire Fourcade, médecin de l'Aude qui fait partie d'une unité mobile de soins palliatifs).
- Le malade peut choisir une personne de confiance qui prendra des décisions à sa place s'il n'est pas en état de le faire.
- La loi laisse la possibilité d'administrer des calmants pour améliorer le confort du patient au risque d'abréger son existence. 
 
 
C - Arguments pour l'euthanasie active

L'euthanasie active n'est pas autorisée en France, mais cela n'empêche pas toujours des personnes d'y avoir recours. Quitte à en subir les conséquences. Pour exemple, Un médecin, Chantal Chanel, et une infirmière, Laurence Tramois, on été poursuivies en justice en août 2003 pour "complicité d'empoisonnement" : Le médecin a prescrit à une patiente atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale une injection de 7 grammes de chlorure de potassium pour l'aider à mourir. Bien que cette action soit formellement interdite en France car assimilée à un meutre, l'infirmière a été acquittée et le médecin a été condamnée à un an de prison avec sursis. Il s'agit de la peine minimale en matière criminelle, ceci démontrant que l'action de Chantal Chanel n'a pas été considérée comme un homicide par la cour d'assise, au contraire de la loi en vigueur actuellement. Ce n'est pas le seul cas de ce type, et en général des peines de prison avec sursis sont appliquées, lorsqu'il est évident que la personne décédée souhaitait vraiment mourir. C’est pour éviter ce genre de situation que certains militent comme l’ADMD (Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité) pour une légalisation de l’euthanasie active en France, partant du principe suivant : “ Il vaut mieux une véritable transparence plutôt que la clandestinité ”.
 
Par ailleurs, un sondage de l'institut BVA (réalisé par téléphone les 18 et 19 novembre 2009 auprès d'un échantillon de 1005 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, donne ce résultat : 
 
On peut donc constater qu'une écrasante majorité, 75% des personnes interrogées, sont favorables à un franchissement de la loi pour une euthanasie dans le cas d'une maladie incurable en phase terminale. Face à cela, il est aisé de songer à la nécessité de légaliser ce "droit à mourir dans la dignité" : Cela assurerait une bonne prise en charge des patients et de leur famille, qui ne devraient plus se cacher pour donner lieu à cet acte.
 
En outre, certains malades se sont battus pour avoir le droit de mourir : Vincent Humbert avait 19 ans en 2000, l'année de l'accident de voiture qui l'a rendu tétraplégique. En 2002, il fait parvenir au président de la République de l'époque, Jacques Chirac, une requête intitulée Je vous demande le droit de mourir. Cette requête est refusée et presque un an après, sa mère Maire Humbert lui donne une grande dose de pentobarbital de sodium, provoquant un coma profond. Puis avec l'accord de la famille le Dr Frédéric Chaussoy injecte du chlorure de potassium à Vincent Humbert, ce qui entraîna son décès. Début 2003, Marie Humbert et le docetur furent mis en examen, puis relachés après qu'un non-lieu eût été prononcé. Autoriser l'euthanasie active en France permettrait de mieux encadrer les euthanasies officieuses. 
 
De plus, le suicide n'est pas condamné en France. Or certaines formes d'euthanasie active peuvent s'apparenter à un "suicide assisté", défini ainsi : L'aide au suicide est le fait d'aider quelqu'un à se donner volontairement la mort en lui fournissant les renseignements ou les moyens nécessaires, ou les deux. Pour qu'il y ait aide au suicide, il faut que le patient soit l'agent de sa mort, mais que celle-ci résulte de l'assistance d'un tiers. "Le droit de vie et de mort sur soi-même fait partie de choix individuels les plus fondamentaux". Remettre en cause l'euthanasie en tant que suicide assisté serait remettre en cause le suicide.

*Source



MES 14 BONNES RAISON DE DIRE NON À L'EUTHANASIE


kOZ*

Cette année, l’information se répand : 94% des Français sont favorables à l’euthanasie et l’ADMD – c’est un autre marronnier – « réclame un débat ». Nous ne serions donc que 6% à refuser que l’Homme puisse donner la mort légalement, techniquement, médicalement. L’adhésion serait « massive », les opposants presqu’inexistants, quasi insignifiants. C’est triste mais c’est évidemment insuffisant pour changer de convictions.

Je ne reprendrai pas ici mes positions, amplement développées dans mes précédents billets, mais il faut redire simplement qu’on ne doit pas se résigner à sanctionner l’indignité prétendue d’un Homme par la mort, que la France est parvenue à un compromis législatif (cf. point 12) largement ignoré des Français, y compris des soignants et qu’il n’y a pas lieu d’ouvrir ce nouveau débat, réclamé par les ultras de l’euthanasie.

Voilà mes quatorze bonnes raisons de m’opposer à l’euthanasie.

1. Une société ne rompt pas avec l’interdit de donner la mort sans conséquences. Cet interdit fondamental, commun à toutes les civilisations, à toutes les cultures, ne peut faire l’objet d’aménagements sans repousser, mécaniquement, plus loin les limites de la transgression.

2. Aucun Homme n’est jamais indigne. Face à certaines fins de vie, il faut peut-être parfois s’en convaincre mais un principe n’est jamais facile à tenir. Toute action sur la fin de vie devrait être fondée sur ce principe et non sur cette concession scandaleuse et littéralement délétère que ferait la société en admettant que certaines vies seraient indignes au point que seule la mort viendrait les rétablir dans la dignité. On admire Mère Teresa : elle soignait les lépreux, elle ne les achevait pas.

3. On n’assure pas la dignité d’un Homme en lui donnant la mort. On doit garantir la dignité dans la vie et non par la mort. Au prétendu droit de mourir dans la dignité, il faut opposer le droit de vivre dans la dignité. Il n’y a pas d’autre choix concevable que d’être aux côtés de ceux qui se battent chaque jour pour assurer la dignité d’une personne mourante, plutôt que de ceux qui, de loin, préconisent l’injection.

4. L’euthanasie est une démission collective. Elle est l’ultime option d’une société qui a abandonné l’ambition d’être une société, une communauté qui prend soin des siens, une société qui a abandonné l’ambition d’assurer la dignité de ses mourants. Par l’euthanasie, elle tend à effacer, à supprimer, le problème, elle ne le traite pas.

5. L’euthanasie est le choix d’une société matérialiste, égoïste et individualiste, qui n’accepte pas la faiblesse, la fragilité. Elle cultive la jeunesse, la beauté, la fête, le corps. Le handicap lui fait horreur : il est éliminé ou éloigné. La mort terrifie ? Elle est cachée, elle est hâtée.

6. On prend un risque à accepter une demande de mort : celui qu’elle signifie autre chose. Nous frémissons tous à l’idée que l’on puisse exécuter un innocent et l’on se mobilise régulièrement contre cela. Nous devrions frémir aussi à cette idée : euthanasier quelqu’un qui ne le souhaitait pas véritablement. Souffrir et voir son corps ou son esprit se déliter : comment ne pas souhaiter que cela cesse ? Mais que souhaite-t-on voir cesser : la souffrance et le sentiment d’indignité ou la vie ?2 Tous nos efforts et toute notre ambition collective devraient porter à l’annihilation de la souffrance et à l’assurance de la dignité. On se fixe des objectifs ambitieux en bien des domaines, et on en atteint qui paraissent irréalistes, pourquoi baisserait-on les bras ici ?

7. Le choix est illusoire. Poser un vrai choix suppose qu’il existe une alternative, qu’on en connaisse l’existence et que cette alternative soit effective. Comme l’écrit Axel Kahn, ancien président du CCNE, « réintroduire la dimension du libre arbitre exige de rétablir les paramètres d’une vie non seulement supportable, mais aussi désirable ». Qui connait véritablement les soins palliatifs ? Qui s’est mobilisé pour que les soins palliatifs deviennent une réalité ? Il est en outre abusif de faire croire que l’on peut préjuger aujourd’hui de notre volonté en ce moment si spécifique et imprévisible que sera notre mort : ce que l’on pense aujourd’hui ne prendra vraiment sens que ce jour-là. Faut-il risquer de vivre alors que l’on aurait voulu mourir, ou de mourir alors que l’on voulait vivre ?

8. La mort est un moment à vivre. Marie de Hennezel, pionnière des soins palliatifs en France l’illustre pleinement dans La mort intime, par la mort de Jean, la mort de Marcelle, celle de Marie-France, et ce « ciao », d’une main. Si la mort pue peut-être encore davantage que celle qu’elle raconte, si elle peut-être parfois un cri de souffrance et de solitude, elle est aussi pour certains ce passage invraisemblable durant lequel le mourant se met en paix. Aussi insensé que cela puisse paraître, il faut ménager le temps de mourir. La mort ne doit pas être hâtée.

9. L’euthanasie est un choix de bien-portants pour des mourants. Trivialement : les décideurs ne sont pas les payeurs. Emmanuel Hirsch, président de l’Espace Ethique de l’AP-HP, et de l’ARSla, rappelait un soir que les personnes atteintes d’une SLA ne demandent pas la mort, mais des synthétiseurs vocaux. Or, qui se prononce dans ces sondages sinon des bien-portants, angoissés par la mort, terrifiés par la déchéance et intimement persuadés de l’indignité des hommes en fin de vie ? « Life may be worth living in a locked-in syndrom » : c’est le titre d’une étude européenne qui souligne que, même dans cette situation extrême, les malades évoquent encore une « qualité de vie ». Vraiment, pouvons-nous juger, dans l’absolu ou face à une situation concrète, de la dignité d’un état de vie ?

10. La demande de mort est extrêmement minoritaire. Avec Emmanuel Hirsch, Catherine Kiefer rappelait qu’en 10 ans d’exercice, elle n’avait connu qu’une demande d’euthanasie. Il y a aussi cette oncologue (spécialiste en cancérologie) qui rapporte à Rue89 qu’en 25 ans d’exercice, elle n’a pas connu de demande d’euthanasie qui dure. Les débats artificiellement entretenus et renouvelés par certains parasitent la réflexion. Faut-il bouleverser un fondement de notre vie sociale pour des cas peu fréquents, et que l’on peut grandement gérer ?

11. Autoriser l’euthanasie active portera un coup fatal au développement des soins palliatifs. C’est pourtant la seule solution d’une dignité véritable, et l’honneur d’une société. Ce développement est réclamé avec insistance par les praticiens (parmi lesquels Didier Sicard, ancien président du CCNE), mais il faut une volonté politique et sociale forte pour développer la démarche des soins palliatifs. Les soins palliatifs en hôpitaux demandent du temps, du personnel, de l’argent. Face à l’assurance d’une fin plus rapide, soulageant aussi ceux qui restent et les finances publiques, le recours à l’euthanasie sera-t-il vraiment sourcilleux ?

12. Nous avons dégagé une « voie française », largement ignorée des Français, qui continuent d’appeler de leurs vœux l’instauration d’une situation qui existe déjà. Depuis la récente loi Leonnetti, du 22 avril 2005, l’un des tous premiers articles du du Code de la Santé Publique, l’article L.1110-5, prévoit que les actes médicaux « ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable » et que « lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris ». 

Ce même article prévoit que « dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins visés à l’article L. 1110-10 » – c’est-à-dire les soins palliatifs – ou encore que « les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort ».  Plus explicitement encore, l’article L. 1111-10 du Code de la Santé Publique dispose que « lorsqu’une personne, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, décide de limiter ou d’arrêter tout traitement, le médecin respecte sa volonté après l’avoir informée des conséquences de son choix ».Dans ce cas, l’article 1111-10 prévoit que « le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa fin de vie en dispensant les soins visés à l’article L.1110-10 », lesquels « visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage ». Au titre de ces soins, comme le décrit le guide « droit des malades et fin de vie »4, le médecin peut administrer une sédation, faisant perdre conscience au malade. Les Français ignorent la loi, en partie par manque de volonté politique. Les Français s’affirment favorables à une loi sur l’euthanasie, mais elle existe ! Connaissent-ils seulement ces dispositions ? 56% des sondés affirment que l’euthanasie ne devrait être possible que « dans certains cas ». Lorsqu’ils affirment ingénument qu’elle devrait être réservée aux « maladies insupportables [par opposition aux maladies cools ?] et incurables », connaissent-ils l’article L.111-10, applicable aux affections graves et incurable ? Sur les divers sites, les commentateurs fustigent l’acharnement thérapeutique. Savent-ils que cet acharnement est unanimement condamné, et clairement exclu par l’article L.1110-5 du Code de la Santé Publique ?Ainsi, les Français, non informés voire désinformés, ignorent ce qui figure dans la loi et appellent de leurs vœux ce qui existe déjà.

13. Nous n’échapperons pas, en France, aux dérives de l’euthanasie. Nous n’échapperons pas à cette prétendue compassion, un peu trop empressée. Nous n’échapperons pas non plus aux déviances de ces pays que l’on nous dit « en avance » : Pays-Bas, Belgique, mais également Suisse. Aux Pays-Bas et en Belgique, on en est venus à l’euthanasie des déments, des enfants, des dépressifs. En France, la dérive de l’ADMD est là, sous nos yeux, et sa finalité se cache sous des périphrases iréniques. Le droit de mourir dans la dignité était il y a vingt ans une demande de soins palliatifs. Il est devenu une demande de mort. Et l’ADMD milite aujourd’hui pour le suicide assisté. Aujourd’hui, la loi permet au malade qui souhaite mourir de faire interrompre son traitement et de se voir administrer une sédation. N’a-t-on pas atteint un point d’équilibre, voire de rupture ?

14. La fin de vie est instrumentalisée par une association manipulatrice et extrémiste. La fin de vie est simplifiée à outrance, réduite pour le grand public à une question d’injection, négligeant le mystère et l’inconnu. Les cas emblématiques (les affaires Humbert et surtout Tranois, Sébire ou encore Salvat) sont dramatiquement tronqués parce qu’ils sont, in fine, contre-démonstratifs (cf. notamment l’analyse d’Axel Kahn). Bien analysés, ils illustrent cruellement les dérives et déviances de l’euthanasie. Le fait d’en être réduit à utiliser des procédés malhonnêtes – malgré des sondages si favorables – devrait aiguiser l’esprit critique de l’opinion publique. En outre, alors que la loi consacre déjà le droit de faire interrompre un traitement et de se faire administrer une sédation, l’ADMD ne s’arrêtera que lorsque l’euthanasie active et le suicide assisté (hors de toute affection) seront légalisés. C’est le sens de la proposition de loirédigée par ses soins, qui sera examinée le 16 novembre 2010 en faveur de l' »aide active à mourir ». L’euthanasie passive existe déjà, mais l’ADMD tient à ce que le médecin administre directement la mort. Pour parvenir à ses fins, l’ADMD ment aux Français, en prétendant sans relâche – comme le fait encore Jean-Luc Romero ces jours-ci – qu’il faudrait aujourd’hui encore adopter une loi sur l’euthanasie et ouvrir un débat parlementaire, qui s’est tenu à de multiples reprises et a donné lieu à une loi dont l’évaluation en 2008 a conduit à l’établissement d’un rapport parlementaire.

On ne doit pas se résoudre à l’impuissance. On ne doit pas se résoudre à la trompeuse simplicité d’une injection létale. Pour être digne d’être appelée ainsi, notre société ne doit avoir d’autre objectif que de convaincre un Homme qui souffre, un Homme diminué, que sa vie a toujours un prix, que, quel que soit le regard qu’il porte sur lui-même, il est digne.

*Source



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