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LE BACCALAURÉAT : UNE INSTITUTION VIEILLE DE 207 ANS -

LE BACCALAURÉAT : UNE INSTITUTION VIEILLE DE 207 ANS


Faut-il le supprimer ?



Par metamag
mis en ligne le


C'est le décret organique du 17 mars 1808 qui crée le baccalauréat. L'examen ne comporte alors que des épreuves orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l'histoire, la géographie et la philosophie. Les premiers bacheliers sont au nombre de 31. Ce diplôme a la double particularité de sanctionner la fin des études secondaires et d'ouvrir l'accès à l'enseignement supérieur (le baccalauréat est le premier grade universitaire).
703 500 candidats se sont présentés aux épreuves du baccalauréat, à la session de juin 2015 : 49 % dans les séries générales, 20 % dans les séries technologiques, 31 % dans la voie professionnelle. Avec  87,8 % d’admis, le taux de réussite global à cette session de juin est stable par rapport à 2014 (– 0,1 %). Cette session permet à  617 900 candidats de devenir bacheliers.
Le pourcentage de bacheliers dans une génération s’élève à 77,2 % en juin 2015 : 39,5 % de bacheliers généraux, 15,5 % de bacheliers technologiques et  22,2 % de bacheliers professionnels.
Pratiquement tous les grands pays développés au milieu des années 80, avaient déjà atteint l’objectif des 70 à 80% de jeunes ayant fait des études jusqu’à l’âge de 18 ans. 
Le Baccalauréat, sésame permettant l’entrée à l’Université a fait son temps. De plus en plus d’Universités instaurent une sélection. Pour Thomas Guénolé « Il y a une hypocrisie, qui ment à nos jeunes en leur disant: accès à l’université pour tous, vous y avez tous droit. Et puis derrière, il y a la moitié qui lâche dès la première année. Puis, il va y avoir une sélection, une boucherie, en troisième année. Donc il y a une hypocrisie à dire on va tous vous laisser entrer, mais on va sournoisement vous sélectionner ».
Le baccalauréat avec 77% de réussite peut-il donc rester le droit d’entrée à l’Université ? Est-il devenu indispensable ? Ne faut-il pas le supprimer ? JP.





JE PERSISTE : IL FAUT SUPPRIMER LE BAC


Michel FIZE, sociologue au CNRS*

Dans un livre massivement boudé par le public, Le bac inutile (L'œuvre), j'expliquais toutes les bonnes raisons qu'il y avait à nous séparer de ce fardeau national devenu inutilement coûteux : le bac. Je préconisais alors son remplacement par le contrôle continu intégral, dans des conditions devant en assurer la pleine objectivité : double correction, "dépaysement" de la notation – les copies d'un établissement pouvant être examinées par un autre établissement. Prudents, les médias choisissaient alors le questionnement modéré : maintien de l'examen en l'état ou réforme (par l'introduction d'une dose de contrôle continu). Un an s'est écoulé. Le questionnement médiatique se veut désormais plus radical : l'option de la suppression de l'examen est introduite comme un troisième choix, tant dans la presse écrite que dans la presse audiovisuelle.

"LE BAC NE CONDUIT À AUCUNE RESPONSABILITÉ SOCIALE"

Je reviens rapidement sur mon argumentaire, mettant ici au défi mes contradicteurs de me fournir une seule bonne raison rationnelle de maintenir ce diplôme national. Rationnelle car que n'ai-je entendu pour la défense du parchemin ! : "tradition historique", "monument national", "mythe"… Soyons donc rationnels. 

Premier argument. Le diplôme est coûteux (100 millions d'euros annuels pour sa seule organisation), à quoi l'on objecte que l'éducation n'a pas de prix. Je souscris à cette idée. Mais la question n'est pas là, elle est dans le rapport coût-rendement social. Le bac ne rapporte rien à ses titulaires, sinon de pouvoir accéder à l'enseignement supérieur (ou à quelques emplois "de fortune"). Mais, s'il ne s'agit que de cela, ne suffit-il pas de décréter que l'entrée dans cet enseignement est libre… partout. Allez donc aujourd'hui en effet essayer d'entrer à Dauphine avec un bac pro ? La suppression du bac n'entraînerait donc pas l'introduction de la sélection, qui existe déjà, mais permettrait au contraire de l'alléger en supprimant les entraves à cette liberté qui tiennent à la nature des bacs, ou à la qualité des mentions obtenues. Pourquoi la mention TB serait-elle un privilège donnant accès à l'entrée dans certaines écoles, à l'accès à certaines bourses, etc. ? 

Ce qui conduit au deuxième argument : l'égalité républicaine que serait censée consacrer le bac. Mais nous le savons bien, les bacs (il existe de fait quelque soixante-dix formules différentes d'examen) ne sont pas d'égale valeur. Le bac général, et à l'intérieur de celui-ci le bac scientifique, demeure le bac "supérieur", et plus encore s'il s'accompagne d'une mention TB.

Par ailleurs, à bac équivalent, voire mention équivalente, selon l'origine géographique, voire ethnique, du candidat, l'égalité est rompue. Face à un employeur potentiel, Mohamed, bac S du lycée de banlieue "difficile", est aujourd'hui écarté au profit de Paul-Henri, même bac, du lycée de centre-ville "chic". Où est la justice ? Où est encore l'égalité quand on sait que, pour une même copie, l'écart de correction peut être de 11 points (enquête IREDU, 2008) ? N'est-elle donc pas là cette "subjectivité" dont on accable le contrôle continu ? Certes, des séances d'harmonisation des notes pour "corriger" ces écarts sont mises en place chaque année…Redressement médiocre de l'égalité républicaine rompue ! 

Troisième argument (mais peu évoqué cette année) : le rite de passage. Sauf à dénigrer le terme, le bac ne conduit à aucune responsabilité sociale comme c'est le cas avec les rites initiatiques des sociétés traditionnelles. Il fait passer le bachelier de la dépendance scolaire à la dépendance universitaire, rien de plus.

UNE ÉPREUVE D'ANXIÉTÉ "BIENFAISANTE" ? 

Quatrième argument. Le bac est une épreuve, et il est normal qu'à 17 ans, disent mes contradicteurs, l'on se confronte aux duretés de la vie, et d'abord au stress. Voilà bien l'argument du sadisme primaire, de l'anxiété "bienfaisante". Quand on sait le parcours d'embûches qui attend la plupart des jeunes, bacheliers ou non, nous ne pensons pas que cette épreuve précoce soit absolument nécessaire à leur épanouissement. 

En conclusion, je ferai référence au premier sondage d'opinion posant clairement la question de la suppression du bac, celui de l'IFOP, réalisé en ligne entre le 12 et le 14 juin. A la question : "Seriez-vous favorable ou pas à la suppression du baccalauréat qui serait remplacé par le contrôle continu des connaissances en 1ère et en terminale ?", 53 % des Français répondent par l'affirmative. Ce qui, dans le détail, donne 60 % des parents de deux enfants et plus (contre 51 % des célibataires), 57 % des plus de 50 ans, 56 % des ouvriers, 56 % des hommes (contre 51 % des femmes), 55 % des habitants de la province. Un peu à la traîne (mais légèrement en vérité), les moins de 35 ans (46 %), les cadres supérieurs (44 %), les parisiens et franciliens (48 %). L' "élitisme" du bac, et de ses défenseurs, apparaît ici dans toute sa laideur. Ce sont en effet les catégories sociales supérieures, celles dont les enfants sont les plus susceptibles d'avoir le diplôme, qui sont les plus attachées à sa conservation (en l'état). Les couches populaires sont celles en revanche qui y sont le plus hostiles. C'est donc faire preuve d'un grand conservatisme social, et, au final, servir bien mal le peuple que, sur cette question, ne vouloir rien changer.

Un dernier mot sous forme de petite morale. Comme disait le Président Edgar Faure, l'on a toujours tort d'avoir raison trop tôt. Mais, que m'importe, je persiste et signe : il faut supprimer le bac.

*Auteur de Le bac inutile (L’œuvre, 2012)

Source



UN EXAMEN NATIONAL ET ANONYME AU NOM DE L’EXIGENCE RÉPUBLICAINE


François Cocq*

Le démantèlement du cadre national est le préalable libéral à l’institution d’une école à plusieurs vitesses. Cela se traduit donc aussi au niveau des diplômes. Et voilà que Vincent Peillon s’y rallie en ciblant le baccalauréat en tant qu’examen national.

Vieil objectif pour le patronat, briser le cadre national du bac par le contrôle continu permettrait ensuite de justifier la sélection à l’entrée de l’Université, mais surtout d’affaiblir les conventions collectives, le bac étant le premier diplôme général reconnu par celles-ci.

Qui ne voit pas qu’en développant le contrôle continu, les épreuves nationales anonymes seraient très vite réduites à la portion congrue. Il faudrait dès lors détenir le précieux sésame délivré par un lycée des beaux quartiers pour prétendre continuer dans les voies les plus demandées.

Notons que les fossoyeurs du bac ne lésinent pas sur les moyens pour le discréditer. Pensons aux couacs récurrents qui viennent entacher chaque année son déroulement : erreurs dans les énoncés, fuites sur les sujets, copies égarées ou non corrigées etc… A défaut d’être orchestrées, elles sont au moins très vite instrumentalisées pour inviter à introduire davantage de contrôle continu. 

Il faut noter la grande persévérance de ceux qui, à droite comme à gauche, veulent abattre le bac comme examen national anonyme. En 2005, un ministre de l’éducation nommé François Fillon avait dû reculer devant la mobilisation lycéenne alors qu’il souhaitait introduire une part non négligeable de contrôle continu. Les lycéens percevaient à juste titre les effets pervers que la prise en compte d’éléments de contrôle continu n’aurait pas manqué d’entraîner, avec notamment l’émergence à très court terme d’un bac à deux vitesses : un premier pour les établissements socialement favorisés pour lesquels les exigences seraient maintenues, un second significativement déprécié pour les quartiers sensibles ou les zones rurales isolées. Avec pour conséquence logique, dans une société où l’image de marque prime du fait de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée, d’alléger le niveau d’exigence dans ces derniers pour maintenir des taux de réussite suffisamment élevés. Ce bac, enraciné dans l’environnement socio-économique, n’aurait pas été considéré de valeur identique sur le marché du travail, pas plus qu’il n’aurait offert les mêmes garanties de poursuite d’études, et a fortiori de réussite ultérieure.L’introduction d’une part de contrôle continu dans les épreuves du baccalauréat représenterait par ailleurs une véritable aubaine pour l’enseignement privé.

Au niveau du collège, les flux d’élèves entre enseignement public et enseignement privé bénéficient au privé. Par contre, au niveau du lycée, la tendance s’inverse. Comment expliquer cette distorsion ? En partie par la présence ou l’absence de contrôle continu à l’examen final. La part du contrôle continu dans le brevet des collèges atteint quasiment les deux tiers de l’évaluation finale : afin de justifier des taux de réussite élevés, ce en quoi réside leur principal argument publicitaire d’attractivité, les établissements privés sont tentés de gonfler avec générosité les notes distribuées en cours d’année (ce qui possède aussi l’avantage de donner l’impression aux parents-clients que l’investissement financier consenti est bien rentabilisé).

Par contre, le contrôle continu reste pour l’instant encore absent pour l’obtention du baccalauréat. Dans la très grande majorité des cas, la scolarisation dans un lycée public reste la voie de réussite offrant le plus de garanties, y compris pour les familles qui visent l’excellence. D’où l’inversion logique des flux.

Quoiqu’on en dise, le bac est encore loin d’être bradé. Il doit donc conserver son caractère d’examen national et anonyme. C’est en cela aussi que réside la défense de l’exigence républicaine.

*secrétaire national à l’éducation au Parti de Gauche

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