L’ISLAMISME SAOUDIEN CONTRE LE TERRORISME : LE POMPIER PYROMANE

Une volonté évidente de changer une image de parrain du radicalisme
Posté par: Jean Bonnevey le: 17/12/2015
MONDE EN ACTION



L’Arabie saoudite, membre de la coalition internationale, vient de créer sa propre coalition. C’est tout d’abord reconnaître qu’elle ne se sent pas bien dans celle autour des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, ce qu’on savait déjà.

C’est surtout vouloir, par la sémantique, imposer l’idée que l’islamisme lutte contre le terrorisme et que le terrorisme donc n’a rien à faire avec l'islam CQFD. Il y a du boulot. Tout le monde sait que, par haine des chiites en général et de la Syrie en particulier, Riyad a largement participé au financement du califat de l’État islamique. Tout le monde sait qu’un islam obscurantiste, le wahhabisme est exporté partout par le royaume pétrolier.

Il s’agit donc, plus que d’une campagne militaire pour le moment, d’une campagne d’image pour ne pas dire de pub. Pour le moment, on est dans le bluff et encore bien loin de l' intervention au sol de pays musulmans comme l'annoncent prématurément des journalistes qui veulent absolument que les musulmans ne subissent aucun amalgame avec le terrorisme issu de leur religion dont la Mecque est le Vatican.

L'Arabie saoudite, qui dirige une coalition arabe contre les rebelles chiites au Yémen, fait également partie de la coalition internationale qui, sous la conduite des États-Unis, combat le groupe djihadiste État islamique (EI) qui sévit en Syrie et en Irak. L'initiative de Ryad va dans le sens des demandes américaines en faveur d'une plus grande implication des pays arabes. À la question de savoir si la nouvelle coalition va se consacrer à la lutte contre l'EI, le prince Mohamed, fils du souverain saoudien, a souligné que cette coalition allait combattre "toute organisation terroriste".

Trente-quatre pays du Moyen-Orient mais aussi d'Afrique et d'Asie font partie de cette coalition islamique antiterroriste annoncée lundi à Riyad. En seraient notamment membres l'Égypte, le Qatar, les Émirats arabes unis, la Turquie, la Malaisie, le Pakistan et le Sénégal. L'Iran chiite, grand ennemi de l'Arabie, et son allié irakien n'en font pas partie. Mais plusieurs pays annoncés n’étaient même pas au courant.

L'alliance témoigne de la volonté du « monde islamique de combattre le terrorisme et d'être un partenaire dans la lutte mondiale contre ce fléau », avait expliqué, plus tôt, le vice-prince héritier et ministre saoudien de la Défense Mohammad ben Salmane.
 
« La guerre contre le terrorisme » est « notre guerre », celle « des musulmans contre les terroristes qui commettent leurs actes horribles au nom de la religion », a réagi le porte-parole du gouvernement jordanien, Mohammad Momani. La prestigieuse institution de l'islam sunnite basée au Caire, al-Azhar, a quant à elle exhorté « tous les pays musulmans » à rejoindre cette coalition. L'annonce est surtout « chargée de symboles », a jugé Adam Baron, de l'European Council on Foreign Relations. Pour Farea al-Muslimi, du Carnegie Middle East Centre, cette coalition « semble avoir été composée à la dernière minute », sans objectif clair. « Je pense que c'est une réponse des Saoudiens aux allégations persistantes de la communauté internationale sur son engagement insuffisant contre l'EI », estime cet analyste, qui assure que la création de cette nouvelle coalition est « peut-être une façon de sauver la face pour les Saoudiens ». « Cette coalition est sans précédent et sa création est un signal clair et fort de l'engagement des pays islamiques » contre le terrorisme et l'extrémisme, a déclaré M. Joubeir ministre saoudien des affaires étrangères.

M. Al-Joubeir a détaillé l’organisation de la coalition à Paris, où les attentats du 13 novembre ont suscité de vives critiques contre le royaume saoudien, accusé de double jeu à l’égard de l’EI. Riyad est notamment accusé de financer la diffusion à travers le monde des préceptes wahhabites, un courant de l’islam ultrarigoriste, dont le salafisme djihadiste est une excroissance violente.

Quatre jours après les attentats, Manuel Valls avait dû rappeler n’avoir «  pas de raisons de  douter de l’engagement  » du gouvernement saoudien contre le groupe.Si Valls spécialiste des fronts du mal pense que Riyad est du bon coté de la force du bien, on est bien sûr totalement convaincu et rassuré.