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Nombre de commentaires pour cet article: 3

Par: Locaterre le 24/06/2015


Bonjour

@La Gaule

Comme vous le signalez, le fait que les intérêts baissent, où tendent vers 0% a réduit les flux monétaires. Bien sûr l'inflation vient minorer les intérêts réels. Mais Gesell ne se situe-t-il pas de l'autre côté, je veux dire d'un intérêt annoncé négatif, inférieur à 0 ?

Salutations.
Futuropolis

Par: lhomme le 13/01/2015


Il faut sans doute effectivement relire Gesell mais avec de sacrées pincettes. Dans son discours intitulé  ''L’Or et la Paix ?'' juste après la première guerre mondiale, Gesel fonde la mise en place d’un nouvel ordre économique mondial sur l’abolition du système monétaire de l’étalon-or qui sera à l'origine de l'hyper puissance américaine et de la dollarisation. Il supprime la rente du capitalisme familial et ouvre la voie au capital-dette du système financier international aujourd'hui en crise.  Effectivement, nous n'avons rien à gagner à cette neutralisation de nos comptes d'épargne qui s'apparente plutôt à une réquisition orchestrée. S'il faut revoir sa théorie de la ''monnaie fondante'', c'est dans le cadre d'une alternative au système dollar et d'une démonétisation des dettes. ML.

Futuropolis

Par: La Gaule le 11/01/2015


Contre-sens total. La fonte (tonte ?) monétaire dont vous parlez et la baisse des taux d'intérêt qui l'accompagne depuis en gros 2008 se sont accompagnées d'un ralentissement de la circulation monétaire qui a frisé la paralysie du système fin septembre de la même année.

Cette situation a profité bien moins aux consommateurs de marchandises -soit à l'économie réelle- qu'aux nouveaux rentiers qui vivent de "l'innovation" financière et ne s'enrichissent que par la magie des effets de levier sur les opérations qu'ils engagent.

Les rentiers dont vous parlez sont ceux d'il y a un siècle -comme l'était Silvio Gesell- époque économiquement aussi lointaine que le temps des diplodocus.

La machine moderne à broyer l'épargne se porte par contre très bien, mais je ne vois pas trop ce que vous avez à y gagner.

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UN HOMMAGE DISCRET A SILVIO GESELL  - Les rentes et la guerre sont-elles sœurs jumelles ?

UN HOMMAGE DISCRET A SILVIO GESELL


Les rentes et la guerre sont-elles sœurs jumelles ?




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La Suisse, l’Allemagne, bientôt la France lancent les taux d’intérêt négatifs, soit en valeur nominale, soit en valeur réelle (entre le nominal et le réel, la différence tient au taux d’inflation). Il convient alors de mentionner le grand esprit méconnu, mort en 1930, Silvio Gesell, dont seul le talentueux Irving Fischer avait reconnu la valeur quoique Lord Keynes ait bien voulu lui dédier une ligne élogieuse en écrivant « Nous estimons que l’avenir aura plus à tirer de la pensée de Gesell que de celle de Marx» (Cité par Johannes FINCKH dans les Cahiers de DECTA III, Nº1, p.15. Université de Bordeaux I, 1987).

Deux fonctions incompatibles

Il revient à Gesell d’avoir clairement expliqué, dans l’ouvrage fondamental “l’ordre économique naturel”*, l’incompatibilité entre les deux fonctions de la monnaie, équivalent de tous les biens et réserve de valeur. La monnaie que l’on nous impose possède un vice fondamental: Elle est à la fois un instrument des échanges qui doivent circuler et un instrument d’épargne qui doit stationner. Il affirme qu’il convient d’éliminer la fonction de réservoir de richesse afin que la monnaie ressemble aux marchandises qui vieillissent, rouillent, se gâtent et se rompent. Si la monnaie a les mêmes propriétés, alors elle devient un instrument sûr, rapide et bon marché des échanges puisque nul ne la préférera aux marchandises.
 
La monnaie selon Gesell doit perdre sa valeur après avoir rendu service au moment de l’échange. Si un individu transforme de la monnaie d’échange en monnaie d’épargne c’est à cause du taux d’intérêt positif proposé qui bloque le circuit monétaire. La mesure adéquate consiste à imposer une taxe mensuelle sur les sommes détenues. Les banques qui recourent à l’intérêt négatif sont en train de promouvoir une idée de Gesell: inciter les détenteurs d’encaisses oisives à écouler leurs stocks pour acquérir des biens physiques plus utiles au bien-être des individus.

Il est évident que Keynes avait compris le bien fondé de la théorie de Gesell et qu’il l’a généralisée à tous les autres actifs liquides. Il soutenait qu’il fallait contrôler les mouvements de capitaux sinon des taux d’intérêt négatifs iraient accroître la spéculation financière, celle-là même à l’origine de la crise.
 
Il faut neutraliser les rentiers

Les banques sont devenues parasitaires. Elles contrôlent seulement l’économie mondiale comme l’ont montré Stefania Vitali, James B. Glattfelder et Stefano Battiston de l’Institut Fédéral de Technologie de Zurich dans leur étude de 2007. Le seul avenir possible pour l’humanité, pas seulement pour l’Europe ou les BRICS, consiste à limiter le poids du capitalisme rentier parasitaire. Ce dernier, à travers les dettes et la bourse, s’empare du monde et achète tout à partir de l’argent créé ex nihilo par les banques centrales qui lui appartiennent. Par les dettes en particulier est organisée l’insolvabilité de multiples agents, notamment les salariés, ce qui génère l’arrêt du commerce qui ne redémarrera plus tant qu’il n’y aura pas de “réajustement”, ce que prépare discrètement l’oligarchie kleptocratique et ses domestiques tels Mme Christine Lagarde au FMI.


Gesell pourrait servir de guide à la reconstruction monétaire si des élites comprenaient clairement les bienfaits de sa théorie. La monnaie “fondante” proposée est gérable en fonction de données économiques simples et claires: l’indice des prix et la situation de la zone (progrès technique, population,…). Le rendement productif devient lié à la faisabilité d’un projet et seuls les amortissements entrent en ligne de compte pour le calcul du profit. Si la monnaie fond, le placement productif est le seul refuge possible de l’épargne. On observe une demande constante et soutenue de biens de tous types et un soutien massif au progrès technique, seul moyen de prendre un avantage sur le concurrent.

Il est normal finalement que la spéculation financière ait attiré, depuis des années, un nombre important de petits bourgeois qui affirment, à travers les médias dont ils sont propriétaires, qu’ils veulent jouir des délices de la paix sociale et internationale tout en vivant grassement de l’intérêt de leurs placements. Mais cet espoir est une chimère car les canailles en possession de l’occident nous montrent chaque jour que les rentes et la guerre sont sœurs jumelles. Nous nous plaçons évidemment du côté des épris de paix et de justice qui veulent que le travail soit récompensé. Si la bêtise qui domine l’Europe ne peut s’émanciper des voyous parasitaires, l’Asie le fera d’ici la fin du siècle. Mais à ce moment là il n’y aura plus d’européens et les idées de Gesell auront servi à d’autres populations moins aliénées. 

* Silvio GESELL : L’ordre économique naturel. Paris, M.Issautier, 1948 fac similé électronique mis en ligne par l'Autre Edition

Illustration en tête d'article : portrait de Silvio Gesell
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