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Par: Odette Graveau le 09/10/2015


La surpopulation actuelle et surtout à venir et ses conséquences sur l'environnement font que "Tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, l'humanité sera confrontée au problème global de sa survie" Tiré de la love story "les corps indécents". Changements climatiques liés à l'activité humaine, pollutions air, fleuves, mers, eau potable insuffisante pour tous, guerres, pandémies : avant la fin de ce siècle la question fera l'actualité.
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CLIMAT, TROIS MOIS AVANT LA CONFÉRENCE DE PARIS - Défi climatique : il serait temps de laisser le béton !

CLIMAT, TROIS MOIS AVANT LA CONFÉRENCE DE PARIS


Défi climatique : il serait temps de laisser le béton !




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Une violente tempête a frappé l'état australien de Nouvelles-Galles-du-Sud fin août provoquant des inondations subites et même une mini tornade. On parle de « jamais vu ». Quelques jours après, le Conseil sur le Climat australien publiait son dernier rapport sur le changement climatique.

Le rapport certifie que le climat australien se modifie et assure que le lien entre changement climatique et phénomènes météo extrêmes est désormais évident. Dans ce rapport, Will Steffen, chercheur à l'Université nationale australienne et membre du Conseil sur le climat, brosse un tableau sombre de la situation : « l'une des choses que l'on peut souligner, c'est qu'on observe déjà des impacts. Les vagues de chaleur durent plus longtemps et commencent plus tôt. Prenons par exemple 2013, qui a été l'année la plus chaude jamais enregistrée en Australie : c'était pratiquement inenvisageable sans changement climatique. On voit aussi que le risque d'incendies a considérablement augmenté ces trente dernières années. Si on continue à émettre autant de combustibles fossiles qu'aujourd'hui, on pourrait voir la mer monter d'un mètre autour de l'Australie. Cela pourrait, par exemple, faire que la ''crue du siècle'' serait un phénomène quotidien à Sydney. »

Il y a deux semaines, le gouvernement australien a annoncé son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre : moins 26 % d'ici 2030, par rapport à 2005. Comme beaucoup d'autres, Will Stefen qui est aussi président de l'une des plus grandes ONG environnementales australiennes estime que ce n'est pas suffisant : « Cent quatre vingt pays à travers le monde se sont mis d'accord : une augmentation de 2 degrés de la température planétaire est le maximum. Si vous prenez les objectifs américains ou britanniques, vous êtes dans la fourchette, vous avez une chance de gagner. Si vous prenez l'objectif australien, vous vous dirigez vers une augmentation de 4 degrés avec des impacts énormes sur l'environnement, des impacts auxquels vous ne pourrez sûrement pas vous adapter. »

En Australie, il y a débat 

Cette expertise a été rejetée par le Ministre de l'Environnement australien, Greg Hunt. Il vient de déclarer sur la radio australienne : « Ce n'est pas une analyse que j'ai entendue à ce stade. La meilleure analyse, c'est que l'on va faire de grands progrès à la conférence de Paris sur le climat. Warwick McKibbin a fait une remarque très intéressante [ il est professeur lui-aussi à l'Université nationale australienne- Ndr ]. Il a parlé d'effort. Et ce que l'on voit, c'est que l'Australie a l'objectif de réduction des émissions par habitant le plus important, donc c'est un effort énorme

Dans cette petite « guéguerre » des experts, on a retrouvé la phobie du déluge et de la montée des eaux. Qui aurait cru qu'un jour, nos civilisations arrogantes et si fières de leur supériorité technique admettraient être responsables de la détérioration des conditions climatiques qu'elles estiment néanmoins pouvoir dompter, mater, maîtriser ? Le fantasme du déluge est biblique. Il y a aussi dans la pleurnicherie environnementale quelque chose de protestant et par ricochets un mépris pour des sociétés comme les sociétés du Pacifique qui respectaient et vénéraient la nature d'une manière ou d'une autre et que de nombreux missionnaires ont pourtant très souvent qualifiés d'« arriérés ». 

Relisons les Voyages de Bougainville ou ses suppléments philosophiques. Ainsi, aujourd'hui, un peu partout dans le monde, on ne cesse de redécouvrir les vertus de certaines croyances moquées, de certains rituels disqualifiés, de certaines contraintes culturelles diabolisées. Nommé autrement, des principes, il y a peu décriés, sont aujourd'hui préconisés sous les labels « bio », « développement durable » désormais définis selon leur « bilan carbone ». Répétons-le, tout le monde ne reconnaît pas la responsabilité humaine à propos du réchauffement climatique arguant des grands cycles saisonniers annuels, pluriannuels, centenaires ou millénaires de la planète. Nous n'entrerons pas ici dans les querelles d'experts mais posons une question faut-il attribuer par exemple la désertification des sols, la pénurie d'eau douce et la montée des eaux au seul réchauffement climatique humain ?

Il apparaît de plus en plus clairement que la montée de eaux, par exemple à Kiribati ou sur les côtes du sud-est asiatique est essentiellement dû au bétonnage, au tout béton. Or personne ne soulève la question. Pire, on y bétonne de plus en plus avec même, comme à Papeete, des mégaprojets touristiques comme le Mahana Beach. Or, le « tout béton »  est une aberration écologique. Par facilité, ignorance, attrait du profit immédiat, avidité des entrepreneurs, manque de réflexion des décideurs locaux, bêtise humaine des architectes, on continue pourtant de privilégier la construction en dur et à la pelle. En Inde, en Afrique, en Amérique du Sud, les constructions en béton sont toujours considérées comme les plus économiques pour la construction individuelle et collective et ce contre la traditionnelle option bois, bambou et autres matériaux végétaux. Dans une logique absurde, seuls les hôtels de grande classe optent, associée à un bétonnage limité aux espaces sanitaires, pour la filière matériaux locaux qui est hélas devenue onéreuse car les savoir-faire traditionnels souvent se raréfient. C'est une aberration par exemple qu'à Tahiti ou aux Caraïbes, les multinationales du tourisme haut de gamme offrent les seules structures en mesure de montrer en live aux enfants locaux déracinés par la société de consommation comment leurs ancêtres ma'ohi ou indiens vivaient en s'adaptant à leur environnement sans le détruire !

La politique du « tout béton » minéralise l'espace, augmente la température ambiante, amplifie les sons agressifs, réduit la circulation de l'air. Avouons que sous les tropiques, c'est d'une intelligence extrême. Chacun sait que le béton reflète, accentue et concentre la chaleur pour la restituer la nuit tombée et contraint donc à la ventilation artificielle c'est-à-dire à la climatisation, toutes deux gourmandes en énergie fossile importée. Il suffit d'avoir voyagé en Inde, en Asie, en Afrique mais aussi tout simplement en Guadeloupe ou dans nos départements d'Outre-mer pour comprendre l'aberration du « tout béton ». Par ailleurs, le bétonnage entraîne le pillage systématique des plages ou des lits de rivière pour le sable et les entreprises d'extraction et de concassage, une transformation des courants marins qui est sans doute la véritable cause de la montée des eaux ici ou là. Certes, le béton, c'est pas cher mais à quel prix ? Le béton, c'est tous les jours, la stérilisation progressive de vallées entières, le saccage des côtes. 

Nous aimerions en avoir du coup le bilan thermique mais qui à Paris soulèvera en effet la question embarrassante du « tout béton ».           
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