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Par: Michelle le 18/10/2015


Article très intéressant et affaire à suivre!
Mémoire des peuples

Par: Donesvisa le 17/10/2015


Qui est ce "Patrick Zehr"? Chercheur scientifique? Historien? Paléontologue? Archéologue? Ou simplement dilettante. Rien de spécifique sur la Toile! Veuillez m'éclairer s.v.p.. Merci. La rédaction : Vous noterez tout d'abord que cet article a été publié dans le Magazine PLUME. Il nous a semblé intéressant de le reproduire à l'attention de nos lecteurs. Patrice ZEHR est un journaliste qui a fait ou fait partie de la rédaction de PLUME.
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LES TABLETTES DE GLOZEL  - Écriture ou imposture ?

LES TABLETTES DE GLOZEL


Écriture ou imposture ?




le
modifié le 23/11/2015 à 16:06h

Les premiers manuscrits ont été d’argile ou de pierre. L’écriture est mère de l’histoire. Mais s’il y avait une écriture perdue antérieure à celle connue ? Cela a fait fantasmer bien des romanciers mais aussi des scientifiques.

L’archéologie a sa chronologie qui commence après la préhistoire. Mais entre les deux époques, celle où l’on est dans l’histoire et celle où on y rentre, il y a une période à découvrir. Il est bien évident que la découverte d’une écriture avant l’écriture remettrait bien des choses en cause. Il y a une préhistoire officielle et une archéologie officielle, qui est contestée par des chercheurs qui affirment que l’on écarte tout ce qui gène. Ils dénoncent des interdits, ils se disent ignorés ou diabolisées. Le problème à dire vrai est que ces scientifiques déviants sont très souvent des incompétents, des illuminés ou des imposteurs. Cela rend plus facile d’écarter d’un revers de main ce qui ne rentre pas dans le moule. On  pratique l'amalgame du ridicule qui tue. On prend cependant le risque de passer à coté de vérités ou de mise en cause sérieuses par un confort intellectuel qui frôle le dogme intouchable.

L’une des polémiques illustrant cet état de fait, l’une des plus longues, plus de 80 ans, concerne les tablettes de Glozel.

Glozel est le nom d'un lieu-dit de la commune de Ferrières-sur-Sichon, dans le département de l'Allier situé à une trentaine de kilomètres de Vichy. Il est devenu célèbre à partir de 1924, quand fut mis au jour un ensemble d'objets, attribués tous dans un premier temps à une époque préhistorique mais dont la datation et parfois l’authenticité furent rapidement contestées.
 
Les objets découverts sont des pierres taillées, des poteries, des fragments de verre et des tablettes gravées portant des inscriptions évoquant une écriture dans un alphabet proche des alphabets phénicien ou lépontique. Le Lépontique est une langue celtique morte, la langue des Lepontii, qui était parlée dans une partie de la Gaule Cisalpine du VIIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle av. J.-C.. La langue ne nous est connue que par quelques rares inscriptions écrite dans l’alphabet de Lugano, l’une des cinq principales variétés d’anciens alphabets italiques, dérivés de l’alphabet étrusque.

Un alphabet de l’antiquité à l’époque préhistorique, on comprend l’émotion et les conséquences. 
Cela  pourrait apporter la preuve que des civilisations plus évoluées que ce que l’on pensait ont existé puis disparu  avant l’arrivée de celles dont nous avons gardé, sans interruption, la mémoire historique. Le néolithique, puisque c’est de cette période qu’il s’agit est la 3ème grande période de la préhistoire après le paléolithique et le mésolithique. Néolithique signifie "âge de la nouvelle pierre" (en référence à l'emploi de la pierre polie) et vient après l'âge de la pierre taillée mais cette distinction usuelle est fort controversée car le polissage n'est pas une invention néolithique ; il était déjà appliqué au travail de l'os par les hommes du paléolithique.

La découverte

Le 1er mars 1924, le jeune Emile Fradin cultive un champ avec son grand père. L’un des bœufs de l’attelage, brusquement s’enfonce dans la terre. En dégageant l’animal on découvre une cavité. Dans la cavité, le jeune Etienne tombe sur des fragments de poterie,  des galets peints, une petite hache et des inscriptions sur des tablettes. Un archéologue le docteur Morlet de Vichy se rend sur place en avril 25. Il est alors sur qu’il ne s'agit pas d’objets gallo–romains comme on  l’avait dit et il entame des fouilles.

Le site attire tout de suite les scientifiques qui se le disputent et aiguisent des rivalités qui sont à l’origine en fait de la polémique. La thèse de l’imposture naît avec la jalousie, c’est incontestable. L’écriture présentée comme néolithique est donc qualifiée par un autre archéologue le Dr Capitan comme une imposture fabriquée de toutes pièces par le jeune Fradin. Ce dernier vivra un calvaire de diffamation avant d’être réhabilité sur le tard et décoré. Sa découverte a été authentifiée officiellement, mais sa signification reste controversée.  Il a bien trouvé les objets ; il ne les a ni cachés ni fabriqués. Mais il y a de nombreux mystères inexpliqués. C’est surtout le mystère de l’écriture de Glozel qui nous intéresse ici.
En effet plus de 3000 objets seront mis au jour dans ce champ Duranthon rebaptisé par la presse "Champs des Morts", notamment grâce au docteur Morlet qui sera le plus grand défenseur du site. Pour lui il ne faisait aucun doute que ces objets appartenaient à des hommes qui, avant les Phéniciens, avaient mis en place un système d'écriture élaboré. Les nombreux objets dits "néolithiques" trouvés aux abords des tablettes le confortaient dans ses théories.
 
L’affaire

Il faut bien voir que toutes les théories établies à l'époque se trouvaient bouleversées et beaucoup de savants s'opposèrent dans une guerre devenue célèbre: l'Affaire Glozel. Le "glozélien" est surtout connu du grand public au travers de tablettes d'argiles, souvent publiées. En revanche, il ignore que ces "signes" se retrouvent sur la majorité des objets découverts et sortis du Champ des Morts par le Dr Antonin Morlet entre les deux guerres. Sur la plupart de ces pièces (sculptures, gravures sur pierre, sur os, sur ivoire, bois de renne ou de cervidé) sont associés les mêmes signes que ceux tracés sur les tablettes d'argile, démontrant l'homogénéité indiscutable de la station et du gisement."

Si les tablettes de Glozel étaient authentiques, on avait une preuve d’une écriture alphabétique d’il y a 8000 ans. Et de plus, elles auraient constitué la preuve que l’écriture alphabétique était née en Occident et non en Orient ou en même temps.

Après de nouvelles analyses et datations, le Ministère de la Culture a rendu public en 1995 un rapport qui estime que le site est principalement médiéval, tout en contenant de nombreux artefacts de l’Âge du fer. Le rapport conclut également que le site a été enrichi à une époque indéterminée de contrefaçons plus ou moins modernes dont l’auteur demeure inconnu.  Il faut bien voir qu’une grotte connue depuis toujours peut  contenir des apports d’époques différentes. Les objets les plus anciens peuvent même être recopiés et déformées, ce qui peut brouiller encore les cartes. Ce dernier rapport officiel considère donc le site comme authentique, ce qui a été trouvé y était bien mais ne dissipe pas le mystère de l'écriture même recopiée. Il peut y avoir des apports celtes médiévaux et même des faux dans un  site authentique fréquenté bien avant. Cela ne résout pas la question de la première occupation, surtout si l’endroit est considéré comme sacré et mystérieux depuis la nuit des temps. Les Grecs venaient sur les sites égyptiens et ont laissé des vestiges de leurs passages. Quand à l’art  des Ptolémée il recopie celui des anciens égyptiens dont il est une très médiocre imitation. Il n’y a pas forcément de progrès continu.

De quelques explications

Les hommes de Glozel du Moyen Age ont-ils voulu reproduire des objets plus anciens comme les galets gravés, des tablettes ou les objets en os décorés ? L'esthétique des dessins des objets médiévaux apparaît comme beaucoup plus approximatif que celui d'objets d'apparence néolithique. 

Glozel a bel et bien une origine très ancienne, il reste à savoir comment des objets datant de plusieurs millénaires peuvent côtoyer d'autres objets, médiévaux, eux incontestablement. Le Glozel "historique"  s’est révélé. Il aurait donc été principalement fréquenté pendant une période s'étalant de 400 av JC à 100 ap JC, période durant laquelle des hommes ont produit des objets de terre cuite (bobines, masque sans bouche, tablettes à inscriptions,...). Cette première période se caractérise par une forte préoccupation funéraire et cultuelle. Période de colonisation romaine, charnière entre la culture gauloise et la culture romaine.

Une deuxième période de  fréquentation pourrait avoir existé à Glozel entre les Xème et  XIVème siècles. Les Glozéliens auraient alors été contemporains, durant cette même période, des verriers de la Montagne bourbonnaise qui exerçaient leur activité dans la région. Ces Glozéliens auraient pu produire à nouveau des objets en argile cuite, des poteries à masque sans bouche des tablettes à inscriptions, des objets gravés en os (sans vraiment maîtriser la langue glozélique, ce qui expliquerait par exemple que 6 anneaux de schistes sont indéchiffrables et que des os gravés sont dans le même cas. Ces hommes du Moyen-Age, ayant copié de manière approximative les signes qu'ils auraient trouvés, auraient laissé sur le site des fragments d'ossements de leurs congénères ainsi que des sépultures.

En 1997, Hans-Rudolf Hitz publie "Les inscriptions de Glozel" où il se lance dans un essai de déchiffrement des tablettes de Glozel. Pour lui, le langage figurant sur ces tablettes de terre cuite serait d'origine celtique; les datations les situant entre 700 av JC et 100 ap JC, la thèse de l'origine cependant de cette écriture comme étant phénicienne n'est  pas remise en cause. Cette hypothèse, en plus de permettre le déchiffrement progressif de nombreuses inscriptions de Glozel, a le mérite de réconcilier nombre d’hypothèses comme celle, voyant Glozel comme un lieu de culte antique hérité de la préhistoire.

On peut noter que le type d'écriture n'est pas unique. Il existe de nombreux alphabets anciens très voisins, dans les écrits dits Italiques, Ibériques (Alvao au Portugal, etc). Cette écriture a servi à conserver une langue, pré indo-européenne, pré étrusque, vieux fond auquel il faut se référer pour en trouver la clé...et dont il subsiste des racines dans l'irlandais, l'islandais, le finnois et le norrois. Plusieurs personnes planchent encore actuellement à peaufiner leurs démonstrations et travaux (une thèse sur le sujet est en cours d’élaboration).encore un peu de patience faisons confiance aux chercheurs de bonne volonté.

On ne sait pas tout

Glozel est  très complexe, c’est un site où se superposent plusieurs cultures. Certains ont évoqué « la planète des singes » de Pierre Boule porté au cinéma avec Charlton  Heston. La civilisation simiesque, affirme que l’homme est un animal arriéré et incapable d’évoluer et de parler. Mais voila que dans une grotte on découvre un jouet  ancien d’humain, une poupée qui parle plus vieille que les vestiges de la planète des singes…. Il y a  donc eu une civilisation humaine avant celle des singes qui veut l’occulter par peur d’une vérité différente de l’enseignement officiel. Ce qui est sûr, c’est que certaines tablettes  de Glozel cohabitent avec des représentations de rennes. Cela nous met au moins au tout début du néolithique.

Pour certains chercheurs, l’écriture de Glozel a été submergée par la vague des invasions indo européennes d’ou l’apport celte. On a peut-être là, une clé de la plus longue mémoire de l’Europe et de ses premières civilisations disparues ou assimilées par des migrations conquérantes.

Le site mérite en tout cas certainement une nouvelle approche sereine et objective, quitte a tout reprendre depuis le début sans tenir compte des idéologies qui veulent trouver une écriture en occident et de ceux qui veulent que la lumière vienne pour tout de l’orient.

Glozel n’est pas une imposture mais peut-être une caverne de copies et de faux inspirés. Mais qui dit faux  et copie dit modèle original et c’est ce modèle qu’il faut expliquer scientifiquement. Ce n’est pas la conséquence de la vérité qui compte mais la recherche de la vérité.

*Publié dans le Magazine Plume avec l'autorisation de l'auteur
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