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UNE IMPRESSIONNANTE TOSCA Á MONTE-CARLO - A l’occasion de la fête nationale de la Principauté

UNE IMPRESSIONNANTE TOSCA Á MONTE-CARLO


A l’occasion de la fête nationale de la Principauté




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modifié le 10/12/2015 à 13:44h

S’il est un rendez-vous qu’aucun fervent amateur d’art lyrique ne saurait manquer, c’est celui qui marque chaque année la traditionnelle fête nationale monégasque qualifiée parfois de « Fête du Prince ».

Un émouvant hommage à Paris ensanglanté

La période de deuil due aux attentats qui ont récemment ensanglanté Paris avait donné lieu à des manifestations de soutien dans le monde entier. Dans l’univers de l’art lyrique, on pense notamment à la vibrante « Marseillaise » exécutée par le chœur et l’orchestre du Metropolitan Opera de New York sous la baguette de Placido Domingo précisément avant la représentation de « Tosca ». Monaco ne pouvait faire exception à cet élan. Jean-Louis Grinda, en termes sobres et émouvants, vint rappeler devant le rideau que la musique et le chant ne sauraient céder face à l’aveugle barbarie avant que, derrière les drapeaux français et monégasque, projetés sur un immense écran, le chœur de l’Opéra de Monte-Carlo et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo n’entonnent les hymnes des deux pays.

Ce moment d’émotion passé en pleine communion avec le public, une courte séquence cinématographique est projetée sur l’écran. Un flash-back au début de chaque acte décompose le suicide de Floria Tosca du haut du château Saint-Ange. En l’éclair des quelques secondes que dure sa chute, tout laisse à penser que la cantatrice heureuse et adulée revoie les brèves heures dramatiques qui l’ont conduite à trancher le fil de ses jours.

Un électrisant trio de stars de l’art lyrique

Concentrant habilement le mélodrame de Victorien Sardou, les librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa ont offert à Puccini l’occasion de composer l’un des plus parfaits chefs d’œuvres du théâtre lyrique où violence, oppression, désir sexuel, révolte, passion, jalousie, fourberie, religion, trahison, constituent les ingrédients d’un drame haletant où l’urgence dramatique est portée jusqu’à son paroxysme.

Fidèle à sa réputation de prestigieux théâtre international, l’Opéra de Monte-Carlo (accueilli pour la circonstance dans la vaste enceinte du Grimaldi Forum) nous offre un trio d’interprètes électrisant. Martina Serafin, que nous avions admirée en Sieglinde de « La Walkyrie » à l’Opéra de Paris, assume - avec l’abattage que requiert le personnage - cette diva versatile qui, amante capricieuse, sait aussi se transformer en tigresse dans le monstrueux affrontement auquel l’a contrainte le visqueux baron Scarpia. Avec un matériau vocal impressionnant, la soprano allemande - par ailleurs remarquable interprète de la princesse Turandot ou de la maréchale du « Chevalier à la rose » - grâce à une parfaite maîtrise musicale, parvient à traduire avec bonheur toutes les inflexions que l’on attend dans cet emploi marqué par tant d’illustres chanteuses. Son Mario est incarné par Marcello Alvarez qui avait ébloui le public monégasque dans un mémorable Canio de « Paillasse ». Le ténor argentin parvient à se hisser à la hauteur de ces monstres sacrés que furent Del Monaco, Corelli ou Pavarotti. La générosité de son Cavaradossi n’a d’égal que la suavité de ses mezza voce qui s’accordent si bien avec la rêverie désespérée de son lamento de l’acte III ou encore, peu après, de ses « dolci mani » extatiques. Et quels superlatifs trouver pour Bryn Terfel ? Dans un tout autre registre, celui de Falstaff (également à Monaco), le célèbre baryton gallois avait démontré ses extraordinaires talents de comédien, laissant augurer de ce que serait son incarnation de l’ignoble chef de la police romaine. A la fois flamboyant, inquiétant, vicieux, menteur, avide de tous les plaisirs, brutal et grand seigneur, son interprétation est évidemment de celles qui comptent dans une vie de passionné d’opéra.

Une mise en scène de Jean-Louis Grinda fourmillante de mille détails

Dans des décors oniriques d’Isabelle Partiot-Pieri, qui ont le mérite de ne point rabâcher une énième fois ce que l’on a tant vu, et des costumes somptueux signés Christian Gasc, la mise en scène de Jean-Louis Grinda fourmille à chaque instant de mille détails justes, originaux et précis qui nous permettent cet ineffable plaisir de la découverte d’une œuvre que l’on pense connaître sur le bout des doigts. Sa direction d’acteurs - celle d’un homme de théâtre au plein sens du terme - est pleine de vivacité et suscite à chaque instant un intérêt soutenu.

Les seconds rôles se hissent ici au niveau des premiers plans avec une mention toute particulière pour Rodolphe Briand, excellent artiste s’il en est, qui dessine un saisissant Spoletta. L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est, comme toujours, à la hauteur de sa réputation sous la baguette de Carlo Montanaro qui met en valeur la flamboyante partition de Giacomo Puccini.


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