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Par: Lykos le 15/12/2015


Il vaut mieux ne pas citer Le matin des magiciens. Ce livre est ramassis d'inventions les plus rocambolesques et charlatanesques qui soit. Il n'y a jamais eu de "Tibétains aux gants verts" (ou blancs, peu importe) à Berlin, par exemple. Ce livre apporte une confirmation des délires d'après guerre sur la Seconde Guerre mondiale. Faut arrêter les produits psychédéliques, ça ne marche pas avec la vérité historique !!
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LE LIVRE DES DAMNÉS - Aux sources du paranormal

LE LIVRE DES DAMNÉS


Aux sources du paranormal




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Charles fort, le collectionneur maniaque de l’inexplicable, est considéré par ses disciples comme le Darwin du paranormal. 

Une société, la Société d’études fortéennes, continue d’ailleurs son travail et publie tous les deux mois aux Usa une revue très bien faite. Le travail de Charles Fort salué aux Usa comme le prophète de l’inexpliqué est très peu connu en France où le rationalisme et le cartésianisme sont peu perméables aux théories de prise en compte de l’inexplicable. Mais il y a eu tout de même en France quelques publications qui font état de sa démarche et la reprenne, publications souvent éphémères pour les sérieuses, comme une «  gazette fortéenne » qui résumait sa ligne éditoriale par rapport à son inspirateur.

Le néologisme vient de Charles Fort (1874 - 1932), un américain qui consacra sa vie à rechercher dans la littérature scientifique et journalistique des bibliothèques de New York et de Londres tous les faits inexpliqués que la science de son époque rejetait ou ignorait, et ce dans tous les domaines. Il en résulta quatre livres: The Book of the Damned (1919), New Lands (1923), Lo! (1931) et Wild Talents (1932). Leur parution suscita un certain enthousiasme chez des écrivains et intellectuels qui aboutit à la création de la Fortean Society par Tiffany Thaler en 1931, dont Fort refusa la présidence car il ne voulait pas être à la tête d'un mouvement d'idées. La société publia Doubt, première revue fortéenne au monde. A partir de là, l'étude des faits étranges et des idées bizarres et rejetées se développa dans le monde anglo-saxon, trouvant un nouvel essor avec l'apparition des premières "soucoupes volantes" en 1947 et le développement de la parapsychologie. Des auteurs comme Vincent Gaddis et John Keel furent parmi les pionniers de cette nouvelle discipline, dont les organes principaux furent Fate Magazine et les nombreuses publications de Ray Palmer. Aujourd'hui, la grande revue du fortéanisme est le Fortean Times de Londres, né de la passion de Bob Rickard, qui a donné naissance il y a quelques années aux remarquables Fortean Studies à parution annuelle.

Mais que recouvre ce terme de Fortéanisme? 

Il englobe un grand nombre de domaines différents qui vont de l'ufologie à la cryptozoologie, en passant par la parapsychologie, l'occultisme, les conspirations, le folklore, la mythologie, les sciences et cosmologies alternatives, les théories archéologiques sur les civilisations disparues ou inconnues etc. La liste est sans fin car les centres d'intérêt des fortéens sont aussi variés que divers. Leur caractéristique principale est de ne pas être enfermés dans un domaine particulier et d'être ouverts à toutes les idées, y compris les plus excentriques. »

Alors qui est Charles Fort ?

Charles Fort, né à Albany, aux États-Unis le 9 août 1874 et mort à New York le 3 mai 1932, est un écrivain américain au style qui serait aujourd'hui qualifié de réalisme fantastique, dont il fut le précurseur, sinon le modèle. Son œuvre est à l'origine donc du mouvement fortéen  qui, s'il est méconnu dans le monde francophone, est relativement important dans le monde anglo-saxon. Charles Fort part de chez lui à l'âge de dix-huit ans pour échapper à son père tyrannique et devient reporter dans la ville de New York. Il part ensuite pour l'Europe, va jusqu'en Afrique du Sud, où il attrape la malaria, puis revient à New York à 22 ans, où il épouse une servante de son père. Le couple s'installe dans le Bronx où il vit dans la pauvreté, tandis que Charles Fort va de petits boulots en petits boulots et tente de publier quelques nouvelles. 

Pendant les trente années qui suivent, il passe son temps libre dans les bibliothèques de New York et de Londres, où il rédige des milliers de notes sur les phénomènes étranges mentionnés dans les journaux et les publications scientifiques. À plusieurs reprises, découragé, il détruit ses propres notes, mais recommence bientôt son travail.
 
En 1916, l'oncle de Charles Fort décède et lui lègue une somme modeste, ce qui lui permet de se concentrer davantage sur son écriture et de publier, trois ans plus tard, The Book of the Damned (« Le Livre des Damnés »), basé sur ses nombreuses notes. 

Son livre le plus connu, sa bible est donc le « Livre des damnés ». Il explique tout de suite ce qu’il entend par damnés. « Par les damnés j'entends bien les exclus. Nous tiendrons une procession de toutes les données que la Science a jugé bon d'exclure. » Le livre des damnés date de 1919 mais il n’a été publié en France et encore de manière confidentielle qu’en 1983.

Outre l’intérêt intellectuel reconnu par tous du travail de collecte de Charles Fort, ses ouvrages sont aussi appréciables pour leur style bien particulier, mélange unique de recensions précises d’événements bizarres, de tirades bien placées contre l’esprit borné des scientifiques de l’époque, et d’envolées poétiques ou humoristiques dignes d’un grand écrivain du bizarre. D’ailleurs, les livres de Charles Fort ont d’abord inspiré des écrivains et des artistes auteurs fantastiques ou peintres surréalistes.

Le Livre des damnés est effectivement incroyable car il recense des milliers de phénomènes totalement inexpliqués et souvent occultés car ils n’entrent pas dans les codes de la science officielle. Quarante mille notes récupérées dans les catacombes de la Science ont abouti à une enquête troublante parmi les faits étranges, derrière le miroir des apparences. Un critique parlant du « Livre des damnés » a écrit « Jamais plus vous ne regarderez le ciel et la terre de la même manière. »

Son œuvre s'est donc attachée à recenser et documenter des phénomènes non expliqués ou extraordinaires : Pluies de grenouilles, apparitions de crocodiles sur les côtes anglaises, chute lente de météorites ultralégères vestiges archéologiques observations d'engins volants non-identifiés, pluies de sang, outils de pierre lilliputiens et empreintes de géants, marques de ventouse sur les montagnes de tous les continents. Processions de corps célestes et éclipses mystérieuses. Etc. Il propose des hypothèses quelquefois, c’est vrai singulières. Dans l'introduction du Livre des damnés, Charles Fort se décrit comme un "intermédiariste". "Nous vivons une quasi-existence" écrit-il, dans "un état intermédiaire entre le réel et l'irréel."

Cela fait certes de lui un illuminé. Mais cependant tout le monde est d’accord pour saluer une démarche incontestable : il n’invente rien, il répertorie avec la minutie d’un maniaque. Charles Fort est le premier chercheur « sérieux » sur les phénomènes paranormaux, les ovnis, et toutes sortes de sujets inexpliqués. Mais il se singularise de ses descendants, par son ton mordant, humoristique, provocant et, paradoxalement sceptique. Pour lui, on ne peut rien prouver, on observe seulement, on constate. Robert Benayoum a assez bien défini sa méthode : « la connaissance par l'absurde ». «Peut-être, suis-je le pionnier d'une littérature à venir dont les traîtres et les héros seront des raz-de-marée et des étoiles, des scarabées et des tremblements de terre.» (C.H. Fort).  Il est l'annonciateur de toute une littérature  apocalyptique.

En réalité toute une presse qui ne se revendique pas forcément de Fort puise dans le filon de l' inexplicable avec, même en France, des dizaines de titres parfois luxueux qui tentent de trouver l'inexplicable et traquent l’insolite avec un gout pour le sensationnalisme qui discrédite souvent les auteurs des articles et les thèses qu’ils prétendent défendre.

Mais les faits sont là et Fort a fixé les directions comme personne avant lui. Les phénomènes Fortéens regroupent tous les phénomènes inexpliqués qui vont à l’encontre de la science, de la logique et du bon sens. 
 
Tous ces mystères au sens large du terme se découpent suivant 7 catégories (même si certains phénomènes se situent dans plusieurs catégories) : 
Parapsychologie : télékinésie, télépathie, clairvoyance, bref tous les pouvoirs de l’esprit qui sortent du cadre conventionnel scientifique. 
Paranormal : les fantômes, les expériences de NDE, le spiritisme, la réincarnation, les Orbs, en gros, tout ce qui a trait avec le mystère de la mort. 
Cryptozoologie : le Yéti, le Sasquash, Bigfoot, le diable du New Jersey,  Nessie, le Chupacabra, le Mothman, les monstres lacustres, c'est-à-dire toutes théorie discutant d’animaux inconnus ou censés être disparus depuis longtemps. 
CryptoArchéologie : l’Atlantide, Mu, Les Hyperboréens, la Terre Creuse, les OOPArts, les Pierres d'Ica, les sphères de pierre du Costa Rica, pour résumé tout ce qui à un rapport avec les civilisations anciennes avancées. 
Les Extra-terrestres : Ovnis, crop-circles, Rods, mutilations de bétail, bref le fourre-tout pour les petits gris. 
Les Pseudo-Sciences : Astrologie, Radiesthésie, Intelligent Design, le tout dans le même sac que la Phrénologie. 
Les inclassables : la combustion humaine spontanée, les pluies de sang, les miracles et apparitions.

On peut sourire mais il y a tout de même des  choses troublantes et qui le restent. Prenons un élément d’actualité récent, comme illustration des vérités encore inconnues pressenties par Fort dans ses compilations de bizarreries.

Le Dr Charles Paxton, de l'Université de St Andrews, affirme qu'il est erroné de considérer qu'il n'y aurait plus de grands animaux marins à découvrir : « si on prend en compte le seul critère de taille, alors, ce n'est pas le cas. En 1995, une raie benthique (qui vit sur le fond de l’océan) mesurant 3,42 mètres a été trouvée. Puisque de grands animaux marins continuent à être découverts – plusieurs nouvelles espèces de cétacés et de requins ont été décrites durant les dernières décennies – à notre époque, l'idée que de telles espèces pourraient ‘attendre’ d’être découvertes est, à tout le moins, plausible». 

Lors des débats sur le thème " la cryptozoologie, science ou pseudo-science? " du 12 juillet 2011, initiés par la Société zoologique de Londres, des scientifiques britanniques ont admis (notamment le Dr Darren Nais, paléontologue à l'Université de Portsmouth,), que certains récits concernant des méga créatures marines (calmars géants, serpents de mers, kraken etc..) pouvaient correspondre à l’existence réelle d’espèces marines de grande taille, qui resteraient à découvrir. Signalons que durant les deux dernières décennies, Ce sont huit grandes espèces marines qui ont été découvertes. Et pour l'année passée d'après Le Monde, pas moins de 18.000 nouvelles espèces ont été découvertes en 2011. Elles s’ajoutent aux 1,9 millions déjà répertoriées. La démarche fortéenne reste donc d’actualité. Elle ressurgit toujours régulièrement. Et la France, pourtant si rétive au fantastique, a donné a Fort ses plus importants disciples.

Sans Fort, en effet, pas de « Matin des magiciens » ce livre culte à relire ou a découvrir qui a faillit changer notre compréhension du monde. Cet ouvrage de plus de 500 pages dans son édition originale se présente comme un récit, « parfois légende et parfois exact », consacré à « des domaines de la connaissance à peine explorés, aux frontières de la science et de la tradition ». Son contenu aborde des thèmes aussi divers que l'alchimie, les sociétés secrètes, les civilisations disparues, les récurrences insolites, les religions et les sciences occultes ou l'ésotérisme. Il repose sur des témoignages anciens (comme les manuscrits de la mer Morte), des recherches et des livres d'auteurs reconnus ou méconnus, des articles de revues spécialisées et des ouvrages de science-fiction ou de littérature fantastique Ce projet doit son origine à la rencontre entre le journaliste et écrivain Louis Pauwels, qui avait publié précédemment un ouvrage consacré à Gurdjieff, et l'ingénieur chimiste Jacques Bergier, passionné par toutes sortes de mystères et préfacier de la traduction française de l'ouvrage de Charles Hoy Fort- comme on se retrouve.

Le flambeau a  été repris par des Français… mais trop éloigné du manichéisme officiel, du poids de plus en plus contraignant du politiquement et de l’historiquement correct sans parler des dogmes scientifiques et archéologiques. Ce livre passionnant, qui a donné naissance à des revues d’exception comme « Planète «  aujourd’hui disparu, fait bien partie des damnés…. Selon la définition qu’en a donnée Charles Fort.

Mais le grand cortège des événements exclus par le savoir officiel continue et Charles Fort a ouvert une porte sur l’insondable qu’on peut ne pas pouvoir franchir et même ignorer avec mépris mais que personne ne pourra plus refermer.

* Publié avec l'autorisation de l'auteur
 



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